Un carnet d'entraînement de judo sert à noter, après chaque séance, ce qu'on a travaillé, ce qui a marché en randori et comment le corps a répondu. Trois à cinq lignes suffisent, à condition de les écrire le jour même. Sur une saison, ce carnet devient la mémoire la plus fiable d'un judoka, plus fiable que ses souvenirs.
Pourquoi tenir un carnet d'entraînement de judo
Beaucoup de judokas commencent un carnet parce que leur professeur le leur impose, et le trouvent inutile pendant des mois. Puis, en relisant quelques semaines d'un coup, un schéma apparaît : tous les randoris perdus contre les gauchers, par exemple. Personne ne l'avait formulé. Le carnet le fait à leur place.
C'est ce que permet l'écrit : rendre visibles des répétitions que la mémoire lisse. Une séance isolée ne dit rien. Vingt séances côte à côte racontent une histoire.
Ce qu'il faut noter, séance par séance
Gardez une structure fixe. Une page qui change de forme tous les soirs ne se relit pas.
| Rubrique | Exemple |
|---|---|
| Date, durée, type de séance | Mardi, 1h30, technique + randori |
| Technique travaillée | Ko-uchi-gari enchaîné sur seoi-nage |
| Randori : avec qui, combien | 5 randoris debout, 3 au sol |
| Ce qui a marché | Ko-uchi passe contre les grands qui reculent |
| Ce qui n'a pas marché | Me fais bloquer la manche par les gauchers |
| Intensité ressentie | 7/10 |
| Corps | Doigt gauche sensible, strappé |
La ligne la plus précieuse est celle du « pas marché ». C'est elle qui donne le thème de la séance suivante.
Trois exemples de pages
Séance technique
Uchi-komi sur uchi-mata, 3 x 20. Le professeur me reprend sur le pied d'appui qui ne pivote pas assez. En nage-komi, chute nette sur 6 sur 10. Penser à monter le coude du tsurite.
Courte, factuelle, avec une correction précise à retenir.
Séance de randori
6 randoris. Contre T. (plus lourd) : pris deux fois sur o-soto. Contre les cadets : passé ma garde croisée à chaque fois. Au sol, toujours bloqué en tortue, pas trouvé l'entrée en retournement. Intensité 8/10.
Ici on note les adversaires et les situations, pas uniquement les techniques. Le rôle du randori dans la progression est développé dans notre article sur le randori.
Séance de préparation physique
Circuit 30 min, gainage et tractions. Jambes lourdes après le randori d'hier. Sommeil moyen. Intensité 6/10.
Ces séances comptent aussi. Un carnet qui ne note que le tatami rate la moitié de la charge. Pour structurer ce travail, voyez notre article sur la préparation physique en judo.
Papier ou application ?
Les deux fonctionnent. Le critère n'est pas l'outil, c'est le temps qu'il faut pour écrire.
Le papier a pour lui la liberté. On dessine une saisie et on souligne. Certains athlètes aiment le rituel du carnet posé sur le banc du vestiaire. Son défaut : impossible de faire des totaux sans recopier, et un carnet oublié dans une salle est perdu.
Une application gagne sur le tri et les cumuls. Jutrack propose par exemple un journal d'entraînement : type de séance, randoris, techniques travaillées et intensité. Les combats de compétition sont rangés à côté. L'intérêt est de retrouver d'un coup toutes les séances où l'on a travaillé une même technique.
Notre avis : un adolescent qui a son téléphone en main après l'entraînement tiendra mieux une application. Un adulte qui aime écrire tiendra mieux un carnet. Choisissez ce que vous ferez vraiment.
Les erreurs qui font abandonner un carnet
La première : vouloir tout écrire. Une page par séance devient une corvée au bout de deux semaines. Fixez-vous un maximum, cinq lignes, et tenez-le.
Deuxième piège : écrire seulement les bons jours. Un carnet qui saute les séances ratées donne une image flatteuse et inutile. Les soirs où rien ne passe sont ceux qu'on a le plus besoin de relire.
Dernière erreur, noter des généralités. « Bon randori » ne dit rien. « Passé deux fois sous la garde de L. avec ko-uchi » dit tout.
Relire, sinon ça ne sert à rien
Un carnet qu'on ne relit pas est un journal intime. Prévoyez deux rendez-vous :
- chaque dimanche soir, cinq minutes, pour repérer un thème qui revient ;
- à chaque fin de cycle, avant une compétition, pour choisir les deux ou trois techniques à garder.
La relecture hebdomadaire est celle qui change le plus de choses. C'est là qu'on voit que l'intensité est restée à 8 ou 9 pendant trois semaines et qu'une baisse s'impose avant un tournoi. La gestion de la récupération est traitée dans notre article sur la récupération en judo.
Le carnet et la compétition
Le carnet d'entraînement et le bilan de compétition se répondent. Les statistiques de compétition disent ce qui marche le jour J. Le carnet dit si ces techniques sont réellement travaillées à l'entraînement. Quand un athlète dit vouloir gagner sur harai-goshi mais que son carnet n'en mentionne aucune répétition depuis deux mois, la discussion est vite réglée.
Pour savoir à quel niveau ce travail vous mènera, la page sur les niveaux de compétition aide à se fixer un cap. Commencez ce soir, avec trois lignes, sans chercher la page parfaite.