Le judo en France est né dans les années 1930 à Paris, grâce à Moshé Feldenkrais et à maître Mikinosuke Kawaishi. La fédération est créée en 1946 et devient plus tard la FFJDA. Aujourd'hui, le judo compte parmi les sports les plus pratiqués en club dans le pays, avec une forte implantation chez les enfants et une tradition olympique solide.
Les années 1930 : un ingénieur et un maître japonais
L'histoire commence avec un homme qu'on n'attend pas sur un tatami. Moshé Feldenkrais est ingénieur et physicien, installé à Paris, et il pratique le jiu-jitsu. En septembre 1933, il rencontre Jigoro Kano lors d'un passage du fondateur dans la capitale. Kano l'encourage à poursuivre dans la voie du judo.
Le second personnage est Mikinosuke Kawaishi. Ce judoka japonais arrive à Paris en 1935, après des séjours aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Les débuts sont difficiles jusqu'à sa rencontre avec Feldenkrais. En 1936, les deux hommes fondent le Jiu-Jitsu Club de France, premier vrai foyer du judo dans le pays.
La guerre interrompt tout. Kawaishi est fait prisonnier en Mandchourie et ne revient à Paris qu'après sa libération. Le judo français, lui, continue de vivre grâce aux premiers élèves.
1946 : la fédération et la méthode Kawaishi
Le 5 décembre 1946 naît la Fédération française de judo et jiu-jitsu, présidée par Paul Bonét-Maury jusqu'en 1956. Kawaishi en est le moteur technique. Au fil des décennies, d'autres disciplines d'origine japonaise rejoignent la structure. Elle prend alors le nom de Fédération française de judo, jujitsu, kendo et disciplines associées : la FFJDA. Elle est reconnue d'utilité publique en 1991.
Kawaishi ne transpose pas le judo japonais tel quel. Il juge la méthode du Kodokan trop austère pour le public européen et construit une progression à lui :
- Des techniques numérotées. Les projections sont regroupées par familles et portent un numéro. O-soto-gari (grand fauchage extérieur) devient le « 1er de jambe ». Les anciens du club s'en souviennent encore.
- Des ceintures de couleur. Le système qui fait passer l'élève du blanc au marron par étapes visibles est souvent attribué à Kawaishi et à l'école française. Il a beaucoup contribué au succès du judo auprès des enfants. Le détail des couleurs est dans notre article sur les ceintures de judo.
La terminologie japonaise du Kodokan a ensuite remplacé les numéros. Le gokyo et ses noms japonais sont aujourd'hui la norme pour les passages de grades.
Une culture française du judo
Le judo en France a développé une identité propre, qui ne ressemble ni au judo japonais universitaire ni au judo d'Europe de l'Est, très lutteur.
Son trait le plus visible est la place donnée à l'éducation. En 1985, la commission culturelle de la fédération, sous la conduite de Bernard Midan, formalise le code moral du judo : huit valeurs affichées dans les dojos, de la politesse à l'amitié. La Fédération internationale de judo reconnaît aujourd'hui cette origine française.
Autre marque de fabrique : le judo enfant. Beaucoup de Français ont mis leur premier kimono à six ou sept ans, parfois plus tôt avec le baby judo. Les clubs ont appris très tôt à accueillir des groupes nombreux, à faire du jeu un outil d'apprentissage et à passer les ceintures en fin de saison. C'est une force pour le nombre de pratiquants. C'est aussi une faiblesse : on perd beaucoup d'adolescents.
Comment le judo en France est organisé
| Niveau | Rôle |
|---|---|
| Club | Cours, licence, passages de ceintures colorées |
| Comité départemental | Compétitions locales, formation des arbitres et des jeunes |
| Ligue régionale | Championnats régionaux, examens de grades, pôles Espoirs |
| Fédération (FFJDA) | Règlements, équipes de France, délivrance des dan |
Les dan sont attribués en France par une commission fédérale spécialisée, sur délégation de l'État. Le passage de la ceinture noire combine kata, connaissances techniques et efficacité en combat ou en démonstration. Notre article sur le passage de la ceinture noire détaille les épreuves.
Pour les compétiteurs, la filière passe par les pôles Espoirs puis les pôles France, avec l'INSEP au sommet de la pyramide. La plupart des judokas ne connaîtront jamais ces structures, et ce n'est pas un problème. Le cœur du judo français reste le club de quartier, son professeur diplômé et son créneau du mercredi après-midi.
Côté compétition de prestige, Paris accueille chaque année un tournoi international majeur, aujourd'hui intégré au circuit mondial sous le nom de Grand Slam de Paris. Il remplit les tribunes comme peu de tournois dans le monde.
Les grandes figures françaises
Le palmarès olympique français est riche depuis les années 1970. Angelo Parisi et Thierry Rey sont champions olympiques à Moscou en 1980. David Douillet remporte deux titres olympiques, en 1996 et en 2000. Chez les femmes, Cécile Nowak et Catherine Fleury sont sacrées à Barcelone en 1992, pour la première édition olympique du judo féminin. La liste s'est beaucoup allongée depuis, et la France compte parmi les nations les plus titrées de l'histoire du judo.
Ces champions ont tous commencé dans un club ordinaire. C'est le point à rappeler aux parents inquiets que leur enfant « ne soit pas assez costaud » : le judo français s'est construit sur la masse des pratiquants, pas sur la sélection précoce.
Pratiquer le judo en France : par où commencer
Pour vous inscrire, tout passe par le club. Il prend votre licence fédérale, qui vous assure et vous permet de passer vos grades ou de faire de la compétition. Le fonctionnement est expliqué dans notre article sur la licence FFJDA.
Choisissez le club pour son professeur avant de le choisir pour sa proximité. Assistez à un cours entier, regardez comment il corrige un débutant et comment il gère les plus âgés. Un bon enseignant fait la différence entre un judoka qui arrête au bout d'un an et un autre qui y est encore à quarante ans. Demandez aussi s'il y a des créneaux adultes débutants : beaucoup de clubs en ouvrent, et c'est le meilleur moyen de découvrir le judo sans se retrouver face à des ceintures noires de vingt ans.