Le code moral du judo réunit huit valeurs. Les quatre premières sont la politesse, le courage, la sincérité et l'honneur ; les quatre suivantes la modestie, le respect, le contrôle de soi et l'amitié. Il a été formalisé en France en 1985 et il est affiché dans la plupart des dojos du pays. Ce n'est pas un texte décoratif : chaque valeur correspond à des comportements précis sur le tatami.
Une création française, pas japonaise
Beaucoup de pratiquants croient que Jigoro Kano a rédigé ces huit valeurs. C'est faux. Le code moral du judo a été mis en forme en 1985 par la commission culturelle de la fédération française, sous la conduite de Bernard Midan. La Fédération internationale de judo présente elle-même cette origine sur son site.
Le texte ne sort pas de nulle part. Il s'appuie sur trois sources :
- l'enseignement de Kano, notamment ses deux principes d'efficacité et d'entraide, détaillés dans notre article sur la signification du judo ;
- le bushidō, la morale idéalisée des samouraïs ;
- un « code d'honneur et de morale » plus ancien, porté par le Collège national des ceintures noires, en particulier par Jean-Lucien Jazarin.
Cette origine explique son ton. Il est court, concret, facile à retenir pour un enfant. C'est un outil pédagogique pensé pour les clubs, dans la droite ligne de l'histoire du judo en France et de sa culture éducative.
Les 8 valeurs, une par une
Voici chaque valeur avec la définition qu'on en donne habituellement, reformulée, puis ce qu'elle veut dire en cours.
La politesse
C'est le respect des autres dans les gestes de tous les jours. Au dojo, elle passe d'abord par le salut : en entrant, au début du cours, avant et après chaque randori. Elle passe aussi par des choses moins visibles, comme arriver à l'heure ou avoir les ongles coupés.
Le courage
Faire ce qui est juste, même quand c'est inconfortable. Pour un débutant, le courage, c'est accepter de chuter devant les autres. Pour un compétiteur, c'est attaquer quand on est mené au score au lieu d'attendre la fin du temps.
La sincérité
S'exprimer sans déguiser sa pensée. Sur le tatami, c'est l'uke qui ne fait pas semblant de tomber et le tori qui ne prétend pas avoir marqué. C'est aussi l'élève qui dit à son professeur qu'il n'a pas compris.
L'honneur
Tenir sa parole. En club, cela veut dire respecter un engagement pris envers l'équipe ou le professeur, venir à la séance qu'on a promis d'encadrer, assumer ses absences.
La modestie
Parler de soi sans orgueil. Une ceinture noire qui vient faire uchi-komi avec une ceinture jaune et prend le temps de lui montrer un placement, c'est de la modestie en actes.
Le respect
Sans respect, aucune confiance n'est possible. Le respect se joue envers le partenaire, l'arbitre, le professeur, mais aussi envers le matériel : on ne marche pas sur les tatamis en chaussures, on ne laisse pas traîner son judogi mouillé.
Le contrôle de soi
Savoir se taire quand la colère monte. C'est la valeur la plus mise à l'épreuve en compétition. Un shido injuste, un adversaire qui saisit de façon irrégulière, une décision au golden score : c'est là qu'on voit qui a intégré le code moral et qui l'a seulement appris par cœur.
L'amitié
Le plus pur des sentiments humains, selon la formule consacrée. Le judo se pratique à deux : sans partenaire, pas de progrès. L'amitié naît de ces heures passées à se projeter l'un l'autre.
Comment le code moral du judo vit au dojo
| Valeur | Situation concrète | Erreur fréquente |
|---|---|---|
| Politesse | Saluer son partenaire avant le randori | Le salut bâclé en fin de cours |
| Courage | Attaquer un partenaire plus fort | Refuser les randori « difficiles » |
| Sincérité | Chuter franchement en nage-komi | Résister pour ne pas tomber |
| Respect | Lâcher la prise au signal de l'abandon | Serrer une clé une seconde de trop |
| Contrôle de soi | Garder son calme après une décision d'arbitre | Gestes d'humeur sur le bord du tapis |
Les professeurs les plus efficaces ne récitent jamais le code moral. Ils le citent au moment précis où il s'applique. Un enfant qui triche à un jeu d'opposition ? On s'arrête, on parle de sincérité, on reprend. Dix secondes suffisent. Une affiche au mur ne fera jamais ce travail.
Le code moral face au judo de compétition
On entend parfois que le code moral serait incompatible avec la gagne. Nous pensons le contraire. Le contrôle de soi est un avantage tactique : un judoka qui s'énerve fait des fautes, prend des pénalités, se fait contrer. Le courage d'attaquer évite les shido pour passivité. La sincérité permet de bien analyser ses combats au lieu d'accuser l'arbitre.
Le code moral a aussi ses limites. Il ne dit rien de la manière de gérer un conflit dans un club ou de réagir à une situation d'abus. Ces sujets relèvent des règles fédérales et de la loi, pas d'une affiche.
Un conseil pour les enseignants et les parents
Choisissez une valeur par mois et faites-la vivre dans le cours, avec un exemple précis à chaque séance. En septembre, la politesse ; en octobre, le courage ; et ainsi de suite. Pour les enfants, associez-la à un geste observable, comme ramasser ses zoori ou aider le plus petit à faire son nœud de ceinture. Au bout d'une saison, les huit valeurs seront passées par le corps, et c'est la seule façon de les retenir pour de bon.