Le judo apporte au MMA ce qui manque souvent aux pratiquants venus des sports de frappe : des projections au corps à corps, un sens du déséquilibre et un contrôle au sol immédiat après la chute. Mais le passage du judo au MMA demande d'adapter la saisie, puisqu'il n'y a plus de kimono, et de désapprendre quelques réflexes qui coûtent cher quand l'adversaire peut frapper. Voici ce qui se transfère et ce qu'il faut retravailler.
Pourquoi le judo a sa place en MMA
Le MMA se joue en trois zones : à distance, au corps à corps et au sol. Le judo ne dit rien de la première. En revanche, dès que les deux combattants s'accrochent, souvent contre la cage, le judoka est sur son terrain.
Un lutteur cherche les jambes pour amener au sol. Un judoka peut aussi le faire par le haut du corps, avec des projections de hanche ou des fauchages qui laissent l'adversaire sur le dos et le judoka au-dessus. C'est la meilleure position possible en MMA : on contrôle et on frappe.
Le cas le plus connu reste Ronda Rousey, médaillée olympique en judo en 2008, qui a dominé sa catégorie en MMA avec des projections de hanche et des clés de bras. Beaucoup d'autres combattants ont un passé de judoka, moins visible parce qu'ils l'ont fondu dans un style complet.
Les techniques qui se transfèrent bien
Les projections au corps à corps
Contre la cage, l'adversaire est collé, souvent en double prise sous les bras ou en clinch de nuque. Les projections les plus fiables sont celles qui n'ont pas besoin de la manche :
- o-soto-gari (grand fauchage extérieur), qui se place très bien sur un adversaire qui pousse ;
- o-uchi-gari et ko-uchi-gari, deux fauchages intérieurs discrets qui font tomber un adversaire déjà occupé à frapper ou à se dégager ;
- harai-goshi et o-goshi avec un bras passé autour de la taille ou sous l'aisselle ;
- ura-nage et les projections arrière quand l'adversaire tente de vous ceinturer.
Uchi-mata se transfère aussi, en version « clinch » avec contrôle de la nuque et d'un bras. On la voit régulièrement en MMA, souvent sous une forme plus courte qu'au judo.
Le contrôle au sol
Le judoka sait tenir. Kesa-gatame, la position de « l'écharpe », est redoutable en MMA : elle bloque un bras, écrase le haut du corps et laisse une main libre pour frapper. Kata-gatame et le contrôle latéral fonctionnent sur le même principe.
Les clés de bras se transfèrent sans adaptation. Juji-gatame depuis le dessus, enchaîné directement après une projection, reste une des soumissions les plus efficaces du MMA.
Le travail de mains
Le kumikata ne s'arrête pas au kimono. Un judoka habitué à contrôler un bras, à casser une saisie et à gagner la position de garde garde ces réflexes sans vêtement. Il les applique aux poignets, aux avant-bras et à la nuque.
Ce qu'il faut désapprendre
C'est la partie que les judokas sous-estiment.
Premier réflexe dangereux : tourner le dos. Un seoi-nage raté au judo coûte au pire un waza-ari. En MMA, tourner le dos à un adversaire qui frappe ou qui peut prendre le dos est très risqué. Les projections d'épaule restent possibles, mais il faut les placer avec un timing parfait et accepter d'en faire moins.
Deuxième réflexe : la tortue. Au judo, se mettre à plat ventre arrête souvent le jeu au sol. En MMA, c'est offrir son dos aux coups et à l'étranglement arrière. Le judoka doit apprendre à revenir en garde ou à se relever.
Troisième réflexe : se relâcher après la projection. En judo, l'ippon termine le combat. En MMA, la chute n'est qu'un début. Il faut suivre immédiatement, coller l'adversaire au sol et l'empêcher de remonter.
Dernier point, les sacrifices comme tomoe-nage ou sumi-gaeshi placent le judoka sur le dos. Contre un adversaire qui frappe, c'est une mauvaise affaire si la projection ne passe pas.
Ajoutez à cela la gestion de l'effort. Un combat de judo dure quatre minutes avec des pauses fréquentes. Un round de MMA dure plus longtemps, sans arrêt quand on passe au sol, et on en enchaîne plusieurs. Le judoka habitué à exploser sur une attaque doit apprendre à doser.
Sans kimono : adapter la saisie
L'adaptation la plus profonde concerne la saisie. Sans revers ni manche, le judoka remplace :
- le revers par un contrôle de nuque ou un bras passé sous l'aisselle ;
- la manche par un contrôle de poignet ou de triceps ;
- la ceinture par une prise de taille.
Le JJB sans kimono a déjà fait ce travail de traduction, et l'article sur le gi et le no-gi détaille ce qui change. Un judoka qui prépare le MMA gagne à passer par quelques mois de no-gi avant d'ajouter les coups. Le sambo, et surtout sa version de combat, offre aussi une passerelle naturelle.
Notre conseil au judoka qui veut tenter le MMA
Gardez une ou deux séances de judo par semaine et ajoutez d'abord la boxe. C'est la partie qui manque le plus et qui prend le plus de temps. Ensuite seulement, venez au no-gi puis au MMA complet. Un judoka qui sait encaisser et garder les yeux ouverts sous les coups devient vite dangereux au corps à corps. L'inverse, un judoka brillant debout qui panique dès qu'un poing arrive, se fait arrêter avant d'avoir touché la veste qu'il n'a plus. Pour situer le MMA parmi les autres disciplines, voyez quel sport de combat choisir.