Ashi-guruma (roue autour de la jambe) est une technique de jambe du troisième groupe du gokyo : tori place sa jambe tendue en travers du genou de uke et le fait tourner par-dessus, avec les bras, comme une roue autour de son axe. Elle ressemble à harai-goshi vue de loin. De près, c'est l'inverse : pas de contact de hanche, pas de balayage, une jambe qui ne bouge pas.
Une roue, pas un balayage
Le principe tient dans le nom. La jambe de tori est l'essieu, immobile. Uke est la roue. Ce sont les bras et la rotation du buste qui font tourner uke autour de ce point fixe.
Côté classement, le Kodokan range ashi-guruma dans les ashi-waza, avec deux cousines directes :
- Hiza-guruma bloque le genou avec la plante du pied, sans tourner le dos.
- Ashi-guruma bloque le genou avec la jambe tendue, en tournant le dos à moitié.
- O-guruma bloque plus haut, sur la cuisse, avec un contact plus profond.
Les trois figurent dans le gokyo. Les comparer en cours aide beaucoup à comprendre la notion de hauteur du blocage.
Déséquilibre vers l'avant et vers le haut
Pour un droitier, uke doit partir vers son avant droit. Le hikite (main gauche) tire la manche droite de uke vers le haut et vers la gauche, avec un grand arc de cercle. Le tsurite (main droite au revers) soulève et pousse le haut du corps de uke dans la même rotation. C'est un geste de volant de voiture, pas un tirage en ligne droite.
Le timing idéal : uke avance, ou se redresse après avoir été tiré vers le bas. Le poids remonte, les talons décollent. Si vous voulez revoir ces notions, l'article sur kuzushi, tsukuri et kake détaille les directions de déséquilibre.
Les étapes de l'exécution
- Tori pose son pied gauche devant le pied gauche de uke, en tournant légèrement.
- Il pivote sur ce pied, dos à moitié tourné vers uke. Pas de contact de hanche.
- La jambe droite tendue se place en travers de la jambe droite de uke, au niveau du genou ou juste au-dessus.
- Les mains continuent la rotation vers la gauche et le bas. Uke bascule par-dessus la jambe.
La jambe d'appui reste fléchie, solide. La jambe d'attaque ne fauche pas : elle bloque. Si vous la sentez partir en arrière, vous êtes en train de faire un harai-goshi sans hanche, ce qui ne marche pas.
Quatre fautes fréquentes
- Trop près. La hanche touche uke, la technique devient un harai-goshi raté.
- Trop loin : la jambe n'atteint que le bas du tibia et uke enjambe sans effort.
- Pas de rotation des bras. Uke reste debout, appuyé sur votre jambe.
- Jambe pliée. L'axe cède et uke passe à travers.
Ces erreurs viennent souvent du même problème : on pense à la jambe avant de penser aux mains. Dans ashi-guruma, les mains font l'essentiel du travail.
Ce que uke peut répondre, ce que tori peut enchaîner
Uke qui sent le blocage peut enjamber votre jambe vers l'avant et vous laisser en déséquilibre, dos tourné. Il peut aussi plier les genoux, descendre son centre de gravité et vous ceinturer pour un ura-nage ou un ushiro-goshi. D'où l'importance d'une entrée rapide.
Pour tori, ashi-guruma se combine bien avec harai-goshi : uke qui s'écarte de votre hanche se met à la bonne distance pour ashi-guruma, et uke qui se rapproche pour éviter ashi-guruma offre sa hanche. Avec ko-uchi-gari, le principe est différent : l'attaque vers l'arrière fait réagir uke vers l'avant, au moment exact où la roue fonctionne.
Où la placer en combat
Ashi-guruma est une technique de grands gabarits et de longues jambes. Elle marche mal contre un adversaire petit et ramassé, dont le genou est trop bas et trop proche. En garde opposée, la distance naturelle lui convient bien. Contre un adversaire qui reste penché en défense, elle ne passe presque jamais : attendez qu'il se redresse.
Comment l'apprendre sans la confondre
Premier exercice : tori seul, face à un mur ou une barre, pour sentir la rotation du buste en gardant la jambe tendue. Deuxième : uchi-komi avec uke statique, en marquant un temps d'arrêt au moment du blocage pour vérifier la hauteur. Troisième : uke avance de trois pas, tori place ashi-guruma sur le troisième.
Notre conseil : travaillez-la en même temps que harai-goshi pendant quelques semaines. La comparaison directe fait comprendre en dix minutes ce que des mois de répétition isolée n'apprennent pas.