O-guruma (« grande roue ») est une technique de jambe du 4e groupe du gokyo. Tori tend sa jambe en barrière devant le haut de la cuisse de uke, puis le fait tourner par-dessus en le tirant vers l'avant, sans jamais le charger sur la hanche.
Pourquoi o-guruma n'est pas un harai-goshi raté
Vue de loin, o-guruma ressemble à harai-goshi. Même rotation, même jambe qui part sur le côté. Pourtant le Kodokan la range parmi les ashi-waza des nage-waza, et c'est justifié : la jambe ne fauche rien et la hanche ne porte pas uke. La jambe reste fixe. C'est uke qui bascule par-dessus, entraîné par les mains.
On peut résumer la famille ainsi :
| Technique | Point de contact | Action de la jambe |
|---|---|---|
| Hiza-guruma | Genou de uke | Bloque avec la plante du pied |
| O-guruma | Haut de cuisse, pli de l'aine | Barre, jambe tendue |
| Harai-goshi | Cuisse, hanche collée | Fauche vers l'arrière |
Dans le gokyo, o-guruma arrive au quatrième groupe. Elle demande un kuzushi très net, ce qui explique qu'on la voie après hiza-guruma et harai-goshi.
Le déséquilibre d'abord
Sans kuzushi, o-guruma ne marche pas. Uke doit être sur la pointe des pieds, tiré vers son avant droit (pour un tori droitier). Le hikite tire la manche vers votre propre tempe, coude haut. Le tsurite soulève le revers et pousse légèrement en rotation.
Le bon moment est celui où uke avance la jambe droite ou se redresse après une attaque. Son poids part vers l'avant, il ne lui manque qu'un obstacle.
Exécution pour un droitier
Vous pivotez sur le pied gauche en le plaçant devant son pied gauche, orteils vers l'extérieur. Votre jambe droite se tend et vient barrer sa cuisse droite, haut, presque à l'aine. Le genou est verrouillé.
Les mains continuent la rotation : le hikite descend vers votre hanche gauche, le tsurite pousse. Le corps tourne comme une porte sur ses gonds. Uke passe par-dessus la jambe et tombe devant vous.
Ce qui fait la différence : la jambe arrive après le déséquilibre, pas avant. Si vous posez la barrière sur un adversaire stable, il la sent et recule.
Les erreurs typiques
- La jambe trop basse. Elle touche le genou et on obtient un hiza-guruma mal construit.
- Le genou plié. La barrière cède sous le poids de uke.
- Les hanches collées à l'adversaire. Vous transformez sans le vouloir la technique en harai-goshi, avec une jambe qui ne fauche pas.
- Le regard vers le sol. La tête guide la rotation : regardez par-dessus votre épaule gauche.
Enchaînements et contres
O-guruma s'enchaîne bien après une feinte d'o-uchi-gari. Uke recule la jambe attaquée et revient vers l'avant pour se rééquilibrer : c'est le moment de tendre la barrière.
Elle sert aussi de solution quand un harai-goshi est bloqué parce que uke a contourné votre hanche. Vous ne pouvez plus coller, mais votre jambe peut encore barrer plus loin.
Côté défense, uke contourne la jambe en avançant le pied droit, ou baisse les hanches. Un adversaire entraîné en profite pour contrer en ura-nage ou en ushiro-goshi, car vous avez le dos à moitié tourné.
Pour qui et contre qui ?
O-guruma convient bien aux judokas grands, aux longues jambes. Contre un adversaire plus petit, la barrière arrive au niveau du ventre et perd son effet de levier. Contre un gaucher en garde opposée, l'entrée est plus longue car la jambe avancée n'est pas du bon côté. On la garde alors pour les moments où il se replace.
Un éducatif simple
Faites travailler la technique en déplacement, uke avançant en tsugi-ashi. Tori recule de deux pas, puis au troisième pivote et tend la jambe. Au début, uke ne chute pas : il bute sur la barrière et s'arrête. Quand la rotation des mains est propre, on passe sur tapis de réception.
Filmez-vous de profil. La hauteur de la jambe se voit tout de suite à l'image, alors qu'on ne la sent presque pas sur le tatami.