Le gokyo judo (gokyo no waza, « les techniques des cinq enseignements ») est la liste officielle des 40 projections du Kodokan, rangées en cinq groupes de huit. Cette liste sert de colonne vertébrale à l'apprentissage du judo debout depuis sa révision de 1920. Vous trouverez ci-dessous le tableau complet avec un lien vers la fiche de chaque technique, puis une façon de l'aborder sur le tatami.
Ce que contient le gokyo judo
On ne trouve dans le gokyo que des projections, les nage-waza. Les immobilisations, étranglements et clés relèvent d'une autre classification, celle du travail au sol ou katame-waza. On ne trouve donc pas kesa-gatame ou juji-gatame dans ce tableau.
Chaque groupe s'appelle un kyo : dai ikkyo (premier groupe), dai nikyo, dai sankyo, dai yonkyo et dai gokyo. La colonne « Famille » indique le classement technique du Kodokan : te-waza (bras), koshi-waza (hanche), ashi-waza (jambes), ma-sutemi-waza (sacrifice sur le dos) et yoko-sutemi-waza (sacrifice sur le côté).
Le tableau des 40 techniques du gokyo
| Groupe | Technique | Traduction | Famille |
|---|---|---|---|
| 1er kyo | de-ashi-barai | balayage du pied avancé | ashi-waza |
| 1er kyo | hiza-guruma | roue autour du genou | ashi-waza |
| 1er kyo | sasae-tsurikomi-ashi | blocage du pied en tirant | ashi-waza |
| 1er kyo | uki-goshi | hanche flottante | koshi-waza |
| 1er kyo | o-soto-gari | grand fauchage extérieur | ashi-waza |
| 1er kyo | o-goshi | grande hanche | koshi-waza |
| 1er kyo | o-uchi-gari | grand fauchage intérieur | ashi-waza |
| 1er kyo | seoi-nage | projection par-dessus l'épaule | te-waza |
| 2e kyo | ko-soto-gari | petit fauchage extérieur | ashi-waza |
| 2e kyo | ko-uchi-gari | petit fauchage intérieur | ashi-waza |
| 2e kyo | koshi-guruma | roue de hanche | koshi-waza |
| 2e kyo | tsurikomi-goshi | hanche en soulevant et tirant | koshi-waza |
| 2e kyo | okuri-ashi-barai | balayage des deux pieds | ashi-waza |
| 2e kyo | tai-otoshi | renversement du corps | te-waza |
| 2e kyo | harai-goshi | hanche balayée | koshi-waza |
| 2e kyo | uchi-mata | fauchage par l'intérieur de la cuisse | ashi-waza |
| 3e kyo | ko-soto-gake | petit accrochage extérieur | ashi-waza |
| 3e kyo | tsuri-goshi | hanche soulevée | koshi-waza |
| 3e kyo | yoko-otoshi | renversement latéral | yoko-sutemi-waza |
| 3e kyo | ashi-guruma | roue autour de la jambe | ashi-waza |
| 3e kyo | hane-goshi | hanche en ressort | koshi-waza |
| 3e kyo | harai-tsurikomi-ashi | balayage du pied en tirant | ashi-waza |
| 3e kyo | tomoe-nage | projection en cercle | ma-sutemi-waza |
| 3e kyo | kata-guruma | roue autour des épaules | te-waza |
| 4e kyo | sumi-gaeshi | retournement dans l'angle | ma-sutemi-waza |
| 4e kyo | tani-otoshi | renversement dans la vallée | yoko-sutemi-waza |
| 4e kyo | hane-makikomi | enroulement en ressort | yoko-sutemi-waza |
| 4e kyo | sukui-nage | projection en cuillère | te-waza |
| 4e kyo | utsuri-goshi | changement de hanche | koshi-waza |
| 4e kyo | o-guruma | grande roue | ashi-waza |
| 4e kyo | soto-makikomi | enroulement par l'extérieur | yoko-sutemi-waza |
| 4e kyo | uki-otoshi | renversement flottant | te-waza |
| 5e kyo | o-soto-guruma | grande roue extérieure | ashi-waza |
| 5e kyo | uki-waza | technique flottante | yoko-sutemi-waza |
| 5e kyo | yoko-wakare | séparation latérale | yoko-sutemi-waza |
| 5e kyo | yoko-guruma | roue latérale | yoko-sutemi-waza |
| 5e kyo | ushiro-goshi | hanche arrière | koshi-waza |
| 5e kyo | ura-nage | projection vers l'arrière | ma-sutemi-waza |
| 5e kyo | sumi-otoshi | renversement dans l'angle | te-waza |
| 5e kyo | yoko-gake | accrochage latéral | yoko-sutemi-waza |
Au total : 14 ashi-waza, 9 koshi-waza, 6 te-waza, 3 ma-sutemi-waza et 8 yoko-sutemi-waza. Les traductions sont littérales. Elles décrivent souvent l'action (fauchage, balayage) ou l'image (roue, vallée, cuillère).
Histoire du gokyo de 1895 à 1920
Le fondateur du judo, Jigoro Kano, publie une première version du gokyo en 1895 au Kodokan, son école de Tokyo. Elle compte alors 42 techniques. En 1920, le Kodokan la révise : certaines techniques sont retirées, d'autres ajoutées, et la liste prend sa forme actuelle de 40 projections en cinq groupes de huit.
Les techniques retirées en 1920 n'ont pas disparu. Le Kodokan les a reconnues plus tard dans une liste complémentaire, à côté de techniques plus récentes. C'est le cas de projections que l'on voit en compétition sans qu'elles figurent au gokyo, comme sode-tsurikomi-goshi, la hanche saisie par les deux manches.
Inutile de s'attarder plus sur l'histoire ici. La page sur l'origine du judo la raconte plus en détail.
Pourquoi cet ordre et pas un autre
L'idée générale est une progression. Le premier groupe rassemble des techniques où uke chute de façon assez naturelle et où tori apprend les bases du déséquilibre : les balayages de pied, les grandes hanches, les fauchages. Plus on avance, plus les techniques demandent de timing, d'engagement ou de maîtrise de la chute. Le cinquième groupe est rempli de sacrifices (sutemi-waza), où tori se jette au sol avec uke.
Cette logique a ses limites. Uchi-mata, au deuxième groupe, est une des projections les plus difficiles à bien faire. Uki-goshi, au premier, est presque absente des compétitions actuelles. Le gokyo est un programme d'étude, pas un classement d'efficacité.
Notre avis : il faut le respecter comme une grammaire, sans le prendre pour une méthode de randori. Un débutant qui veut marquer en compétition gagnera plus à maîtriser deux techniques du premier groupe qu'à réciter les huit du cinquième.
Ce que le gokyo ne contient pas
Plusieurs choses que vous verrez au club ne sont pas dans la liste :
- les techniques au sol, rangées dans les katame-waza ;
- les variantes à un bras ou à genoux, comme ippon-seoi-nage ou seoi-otoshi, considérées comme des formes ou des familles proches ;
- des projections modernes reconnues plus tard par le Kodokan ;
- les principes : kuzushi, tsukuri et kake, le kumikata et les ukemi ne sont pas des techniques mais sans eux aucune ne marche.
Le gokyo n'est pas non plus un kata. La forme codifiée qui présente une sélection de projections s'appelle le nage-no-kata. On le confond souvent avec le gokyo parce qu'ils partagent des techniques.
Comment apprendre le gokyo sans le réciter
Une méthode adaptée aux adultes tient en quatre étapes.
D'abord, apprenez les noms par familles plutôt que par groupes. « O-soto-gari, ko-soto-gari, ko-soto-gake » se retiennent ensemble parce qu'ils attaquent tous la jambe de l'extérieur. Le tableau ci-dessus vous donne la famille de chaque technique.
Ensuite, faites un passage du gokyo en uchi-komi une fois par mois : huit techniques par séance, dix répétitions de chaque côté. Sans chute. Le but est de sentir la différence de placement entre techniques voisines.
Troisième étape, la chute. Prenez quatre techniques du groupe que vous travaillez et faites-les en nage-komi sur un tapis épais. Vous verrez vite lesquelles vous savez vraiment faire.
Enfin, choisissez. Gardez une technique avant, une technique arrière, et une qui part sur le côté. Ce sont elles que vous chercherez en randori. Le reste du gokyo devient du vocabulaire : vous le comprenez quand on vous le fait, et vous savez le contrer.
Un dernier conseil, plus personnel. Notez chaque mois les techniques du gokyo que vous avez réellement placées en randori. Au bout d'une saison, la liste est souvent plus courte qu'on ne le pensait, et c'est une bonne nouvelle : elle vous dit où mettre vos heures.