Okuri-ashi-barai (balayage des pieds accompagnés) est une technique de jambe du deuxième groupe du gokyo. Pendant que uke se déplace sur le côté, tori balaie son pied qui rejoint l'autre et emporte les deux ensemble dans la direction du mouvement. Uke décolle à l'horizontale et retombe sur le côté ou sur le dos.
Bien placée, c'est une des projections les plus élégantes du judo. Ratée, elle ne coûte presque rien. Ce rapport risque-bénéfice devrait suffire à la travailler.
Le déplacement latéral, condition de départ
Okuri-ashi-barai n'existe pas sur un adversaire immobile. Il faut que uke se déplace en pas chassés, sur le côté, ses pieds se rapprochant puis s'écartant à chaque pas. C'est exactement la situation du nage-no-kata, où la technique est réalisée pendant un déplacement latéral.
En randori, ce déplacement se provoque. On fait marcher uke en crabe en tournant autour de lui, ou on recule en diagonale pour qu'il suive en pas chassés.
Le timing : quand les pieds se rejoignent
Le moment juste arrive quand le pied qui suit vient rejoindre l'autre. À cet instant, il est encore léger. Tori le balaie avec la plante du pied et l'envoie contre le pied d'appui, qui part avec lui.
Comparez avec de-ashi-barai, où l'on balaie un pied qui avance. Le principe est le même (un pied léger, balayé dans le sens de son mouvement), mais la direction change. Dans okuri-ashi-barai, on accompagne un mouvement latéral et on l'accélère.
Les mains qui soulèvent
C'est le point que les débutants négligent. Le balayage seul fait trébucher uke. Ce qui le fait décoller, ce sont les mains.
Au moment du balayage, les deux mains soulèvent uke vers le haut, puis le poussent dans la direction du déplacement. La main du revers (tsurite) monte vers le menton de uke. La main de la manche (hikite) accompagne. Uke perd le contact avec le sol au moment où ses pieds partent.
Un bon kuzushi ici, c'est une main qui suit uke et le pousse un peu plus vite qu'il ne voulait aller.
Le geste, temps par temps
- Uke se déplace sur le côté, tori l'accompagne en pas chassés face à lui.
- Au moment où le pied qui suit de uke se rapproche de l'autre, tori soulève avec les mains.
- La plante du pied de tori, orteils tournés vers l'intérieur, balaie ce pied juste au-dessus de la cheville.
- Les deux pieds de uke partent ensemble, dans la direction du déplacement.
- Tori reste droit, le corps accompagne, et garde la manche pour contrôler la chute.
La jambe qui balaie est tendue. Le mouvement part de la hanche, comme un pendule.
Erreurs à éviter
Balayer trop tôt. Les pieds de uke sont encore écartés et vous ne touchez qu'un pied, qu'il soulève.
Autre défaut : balayer avec les orteils ou le bord du pied. La plante doit épouser la cheville, sinon vous frappez.
Se pencher en arrière en balayant. Votre corps doit rester droit, voire suivre légèrement uke. Si vous reculez, vos mains tirent uke vers vous au lieu de le pousser dans son mouvement.
Enchaînements et cousines
Okuri-ashi-barai se combine avec les autres balayages. Une tentative de de-ashi-barai fait souvent réagir uke par un pas de côté, et ce pas ouvre okuri-ashi-barai. Inversement, si uke évite le balayage en s'arrêtant, son poids revient sur un pied : sasae-tsurikomi-ashi le bloque.
Harai-tsurikomi-ashi, au troisième groupe, est une autre cousine : on balaie la jambe d'un uke tiré vers l'avant. Dans les ashi-waza du catalogue des nage-waza, ces balayages forment une famille à part, celle du timing pur.
Contres
Uke qui sent venir le balayage peut lever le pied ou s'arrêter net. Il peut aussi renvoyer le balayage sur le pied d'appui de tori, puisque celui-ci est sur une jambe. Ce contre de balayage contre balayage est rare, mais il punit les okuri-ashi-barai trop larges.
Comment l'apprendre
La méthode classique est celle du nage-no-kata : déplacements latéraux en pas chassés, tori balaie au troisième pas. On commence sans projection, en se contentant de rapprocher les pieds de uke. Puis on projette sur tapis épais.
Un exercice ludique pour les enfants : déplacements en crabe, et celui qui balaie au bon moment marque un point. Les adultes peuvent garder la même idée en randori avec consigne.
Notre avis : okuri-ashi-barai révèle qui sait lire un déplacement. On la met souvent de côté parce qu'elle semble réservée aux experts. C'est l'inverse. Plus tôt on l'apprend, plus tôt on regarde les pieds de son adversaire, et cette attention sert ensuite dans tout le judo debout.