De-ashi-barai (balayage du pied avancé) ouvre le gokyo : c'est la toute première technique du premier groupe. Le principe tient en une phrase. On balaie le pied de uke au moment où il avance et va se poser, avant que son poids n'arrive dessus.
Facile à expliquer, très dur à réussir. Ce n'est sans doute pas un hasard si le gokyo commence par elle : elle enseigne le timing avant la force.
Un balayage, pas un fauchage
De-ashi-barai appartient aux ashi-waza, les techniques de jambe des nage-waza. Le mot « barai » (de harau, balayer) compte. On ne fauche pas une jambe porteuse comme en o-soto-gari. On chasse un pied encore léger qui glisse sur le tapis.
Si vous sentez de la résistance au contact, c'est que vous êtes trop tard.
Toute la technique tient dans le timing
Uke avance le pied droit. Le talon n'a pas encore pris le poids du corps. C'est là, et seulement là.
Trop tôt, le pied est encore en l'air et votre balayage passe dessous. Trop tard, uke est posé : votre pied cogne une cheville et ça fait mal aux deux. Le bon instant correspond au moment où la plante de uke effleure le tapis, juste avant que le corps ne bascule dessus.
Un adversaire planté ne donne jamais de-ashi-barai. Il faut le faire marcher. On le provoque en reculant d'un demi-pas pour qu'il suive, ou en tournant légèrement pour l'obliger à replacer ses appuis.
Kuzushi, tsukuri et kake en accéléré
Le découpage classique kuzushi-tsukuri-kake s'applique ici, mais les trois temps se fondent presque en un seul geste.
- Kuzushi : pendant que uke avance, la main gauche (hikite) tire la manche vers le bas et vers vous. La main droite (tsurite) pousse légèrement vers son arrière. Uke se retrouve suspendu sur un pied qui ne porte rien.
- Tsukuri : votre corps reste droit, à distance de bras. Inutile d'entrer.
- Kake : la plante du pied gauche, cheville verrouillée, balaie le pied droit de uke dans la direction où il allait. Le mouvement part de la hanche, jambe presque tendue.
Les mains finissent le travail. Sans rotation des bras, uke trébuche puis se rattrape. Avec elles, il tourne autour de son pied balayé et chute sur le dos.
Les erreurs qu'on voit sur tous les tatamis
Balayer avec les orteils ou le bord du pied arrive en tête. On frappe alors la cheville au lieu de la chasser. La plante doit épouser l'arrière du talon de uke, comme une raclette.
Autre classique : se pencher pour aller chercher le pied. Votre buste suit la jambe, vos mains descendent et tout le déséquilibre disparaît. Restez droit et laissez la jambe faire l'arc.
Plus subtil, beaucoup balaient vers le haut. Le geste est rasant, parallèle au tapis.
Droitier, gaucher : où se trouve le pied à balayer
En garde classique (droite contre droite), on balaie le pied droit de uke avec le pied gauche. En garde opposée, les deux pieds avant se font face. De-ashi-barai devient alors plus accessible, parce que le pied de uke arrive à portée dès qu'il avance pour prendre sa garde. Ce moment de la prise de kumikata, où l'adversaire pense à ses mains et oublie ses pieds, est un des meilleurs pour l'essayer.
Ce qui vient après, et ce qui vous attend en face
De-ashi-barai marque rarement seul contre un adversaire averti. En revanche, il prépare beaucoup. Uke qui sent son pied partir réagit de deux façons :
- Il recule le pied attaqué : o-uchi-gari ou ko-uchi-gari sur la jambe restée devant.
- Il se raidit et pousse vers l'avant : hiza-guruma ou sasae-tsurikomi-ashi, qui exploitent le même sens de rotation.
En face, uke peut lever le pied et le reposer plus loin. Il peut aussi répondre par tsubame-gaeshi : il esquive le balayage et renvoie un de-ashi-barai sur le pied qui vient de le manquer. C'est un contre de haut niveau, qui punit chaque balayage mal dosé.
Trois éducatifs simples
- Marche face à face : uke avance, tori recule et balaie sans projeter, juste pour sentir le pied qui se pose. Dix passages par côté.
- Uke avance sur une ligne et tori ne balaie qu'au troisième pas. Cela oblige à compter le rythme au lieu de deviner.
- En randori léger, s'interdire toute autre technique pendant deux minutes.
Un dernier conseil : ne jugez pas votre de-ashi-barai au nombre de chutes. Comptez plutôt combien de fois uke trébuche ou replace ses appuis en catastrophe. Si cela arrive souvent, la technique fait déjà son travail, et la chute viendra sur le balayage suivant.