Tai-otoshi (renversement du corps) appartient au deuxième groupe du gokyo, juste avant harai-goshi et uchi-mata. Tori tourne devant uke, tend sa jambe en barrage devant ses tibias et le fait basculer par-dessus avec les mains. Aucun contact de hanche : uke trébuche sur la jambe et tombe devant tori.
Le Kodokan la range dans les te-waza, techniques de bras. C'est une information qui aide à la réussir.
Une technique de bras avec une jambe tendue
Les débutants voient une jambe tendue et pensent technique de jambe. Erreur. Dans tai-otoshi, la jambe ne fauche pas et ne balaie pas. Elle bloque. Le mouvement qui projette vient des mains, qui tournent uke comme un volant.
Cette logique la rapproche de seoi-nage, autre te-waza des nage-waza, et l'éloigne des techniques de hanche. Si vous sentez votre hanche toucher uke, ce n'est plus tai-otoshi.
Les mains font le travail
Pour un droitier, la main gauche (hikite) tire la manche droite de uke vers l'avant puis vers votre gauche en arc de cercle. Coude haut. La main droite (tsurite) pousse le revers vers le haut puis vers la gauche, avant-bras contre la poitrine de uke.
Ensemble, elles font tourner uke vers son avant droit. C'est le kuzushi, et il continue pendant toute la technique.
Le placement, pas par pas
- Pied droit devant le pied droit de uke, à l'intérieur, pointe tournée vers la gauche.
- Pivot : le pied gauche recule et se place devant le pied gauche de uke, en dehors. Genou gauche fléchi, il porte tout votre poids.
- La jambe droite s'étend devant le tibia droit de uke, à hauteur de la cheville ou du bas du tibia. Genou légèrement fléchi au début, puis tendu.
- Votre corps est tourné de trois quarts, sans toucher uke avec la hanche.
- Les mains tournent. Uke bascule par-dessus votre jambe et tombe devant vous.
À la fin, votre jambe se tend comme un ressort. C'est le dernier coup de pouce, pas le moteur de la technique.
Erreurs fréquentes
- Placer la jambe trop tôt. Uke la voit, l'enjambe et vous voilà dans une position bancale.
- Coller sa hanche contre uke. La technique devient une mauvaise technique de hanche, sans le soulèvement qu'il faudrait.
- Tirer vers le bas. Uke se penche, recule ses hanches et la jambe ne fait plus barrage.
- Donner un coup de pied. La jambe barre, elle ne frappe pas.
Contres et réponses de uke
Uke qui sent la jambe la contourne en enjambant ou en reculant le pied. S'il recule, son poids part sur ses talons : enchaînez sur ko-uchi-gari ou o-uchi-gari, puisque vous êtes déjà proche.
Les contres directs existent aussi. Uke peut bloquer et renverser tori en arrière, puisque celui-ci est en équilibre sur une seule jambe, ou le ramasser par ura-nage s'il a tourné trop lentement.
Pourquoi on l'aime en compétition
Tai-otoshi permet d'attaquer sans s'engager entièrement. Elle s'adapte à beaucoup de gardes et marche contre des adversaires plus grands, car il suffit d'atteindre leurs jambes.
Elle a une autre qualité : elle punit uke qui contourne une technique d'épaule. Quand vous tentez seoi-nage et que uke s'échappe par le côté, tai-otoshi est souvent la réponse, sur la même rotation.
Avec ses cousines
Plusieurs te-waza partagent son idée de barrage ou de rotation. Uki-otoshi projette sans aucune jambe, seulement avec les mains et une descente du genou. Seoi-otoshi ajoute la charge sur l'épaule. Comparer ces trois techniques est un bon exercice pour comprendre ce que fait vraiment la jambe dans tai-otoshi.
En JJB, tai-otoshi est appréciée parce que tori ne tourne pas entièrement le dos et peut ensuite suivre au sol. Le comparatif JJB ou judo détaille ces différences de culture.
Éducatifs
Uchi-komi sans jambe : on tourne et on fait tourner uke avec les mains seulement, jusqu'à ce qu'il perde l'équilibre. Puis on ajoute la jambe. Si uke tombe déjà sans elle, le travail des mains est bon.
Notre conseil : apprenez tai-otoshi des deux côtés. C'est une des rares techniques qu'on peut placer à gauche sans années de travail, et un judoka qui attaque des deux côtés est bien plus difficile à lire.