JJB vs judo : les deux sports viennent de la même souche, le judo du Kodokan, et partagent la tenue, les saisies et une bonne partie des soumissions. Ils divergent sur ce qu'ils récompensent. Le judo gagne debout, en projetant l'adversaire sur le dos, alors que le jiu-jitsu brésilien gagne au sol, en contrôlant puis en soumettant. Ce choix de règlement a façonné deux pratiques très différentes, et très complémentaires.
Ce que chaque règlement récompense
Tout part de là. Au judo, un ippon (point décisif) sur projection met fin au combat en une seconde. Le sol est limité dans le temps : sans progrès rapide, l'arbitre fait relever les combattants. Les règles du judo poussent donc à attaquer debout, vite et fort.
En JJB, une projection rapporte 2 points et rien de plus. Le combat continue au sol, sans limite de temps hors durée du match. Les points vont au contrôle : passer la garde, monter, prendre le dos. Tout est détaillé dans les règles IBJJF.
Conséquence directe : un judoka passe 80 % de son entraînement debout, un pratiquant de JJB 80 % au sol. Ce sont des ordres de grandeur, mais ils se vérifient dans la plupart des clubs.
Debout : l'avantage judo, sans discussion
Un judoka ceinture verte projette la plupart des pratiquants de JJB du même âge d'entraînement. Il a le kumikata (travail des saisies), les chutes, le sens du déséquilibre. Beaucoup de pratiquants de JJB tirent la garde dès le début du combat précisément pour éviter ce terrain.
C'est la plus grosse lacune du JJB, et les bons profs le savent. Un pratiquant de JJB qui fait une saison de judo revient transformé debout, et surtout beaucoup plus à l'aise pour chuter.
Au sol : l'avantage JJB, et un piège pour les judokas
Le ne-waza (travail au sol) du judo couvre les mêmes familles que le JJB : immobilisations, clés de bras, étranglements. Le katame-waza en est le catalogue. Mais le judoka a appris à jouer contre la montre.
Ce piège classique revient chaque fois qu'un judoka arrive dans un club de JJB : il se met en tortue, coudes serrés, pour ne pas se faire immobiliser. Au judo, c'est la bonne réponse, l'arbitre relèvera vite. En JJB, c'est offrir son dos, la position la plus dangereuse. La prise de dos suivie du mata-leão punit ce réflexe en quelques secondes.
Autre différence : la garde. Au judo, être sur le dos avec l'adversaire entre les jambes est une position défensive. En JJB, c'est un lieu d'attaque. Une garde fermée bien tenue menace en permanence l'armbar et le triangle.
Les mêmes techniques, deux noms
| Judo | JJB |
|---|---|
| Juji-gatame (clé de bras en croix) | Armbar |
| Sankaku-jime (étranglement en triangle) | Triangle |
| Ude-garami (enroulement du bras) | Kimura ou americana |
| Hadaka-jime (étranglement à mains nues) | Mata-leão |
| Kesa-gatame (immobilisation en écharpe) | Contrôle de type « kesa » |
Les noms changent, les mécaniques non. La kimura porte d'ailleurs le nom du judoka Masahiko Kimura, qui l'a imposée à Hélio Gracie. Les techniques interdites diffèrent en revanche : le judo n'autorise que les clés au coude, quand le JJB ouvre aux clés de jambe selon la ceinture.
Les ceintures : deux rythmes
Un judoka adulte voit passer plusieurs couleurs en quelques saisons. Les couleurs de ceinture du judo découpent la progression finement, et la ceinture noire passe par un examen fédéral. En JJB, cinq couleurs adultes, chacune portée des années, et aucun examen national. Les ceintures de JJB se donnent à l'appréciation du professeur.
Aucune n'est plus « vraie » que l'autre. Elles mesurent des choses différentes.
La culture d'entraînement
Le judo a une culture de l'uchi-komi (répétition d'entrée de technique), du randori debout et des katas. Le JJB a une culture du combat libre au sol, souvent en fin de chaque cours, et de la technique décortiquée en détail. Un cours de judo transpire davantage. Un cours de JJB réfléchit davantage. C'est caricatural, mais pas tant que ça.
L'usure du corps
Les deux sports abîment, mais pas aux mêmes endroits. Le judo encaisse surtout dans les chutes et les entrées de projection : épaules, genoux, chevilles. Le JJB sollicite davantage le cou, les doigts qui serrent le kimono pendant des minutes et les genoux tordus dans les gardes. Les blessures du judo recoupent en partie celles du JJB. Dans les deux cas, une douleur qui dure se montre à un médecin, pas à un partenaire de club.
Pratiquer les deux
Pour moi, c'est la meilleure combinaison possible pour un pratiquant de préhension. Le judo apprend à finir debout ce que le JJB ne sait pas commencer. Le JJB apprend à finir au sol ce que le judo laisse en suspens.
Deux conseils si vous vous lancez dans les deux :
- gardez au moins une journée de repos entre deux séances intenses, les épaules et les doigts encaissent beaucoup dans les deux sports ;
- suivez séparément vos combats de chaque discipline, sans mélanger les chiffres. Un taux de victoire en judo n'a rien à voir avec un taux en JJB.
C'est d'ailleurs pour ça que Jutrack gère le judo et le JJB dans la même app, avec des statistiques séparées par sport. Pour la discipline côté brésilien, la vue d'ensemble est sur notre page jiu-jitsu brésilien. Si vous hésitez encore entre plusieurs sports, quel sport de combat choisir élargit la comparaison.
Commencez par celui qui a le meilleur club près de chez vous. Un bon prof dans la discipline « secondaire » vaut toujours mieux qu'un club moyen dans celle que vous préférez sur le papier.