Une blessure au judo touche le plus souvent le genou, l'épaule, les doigts ou la cheville, et dans une moindre mesure le coude et le cou. La plupart arrivent en randori ou en compétition, rarement pendant l'apprentissage technique. Leur point commun : une chute mal maîtrisée, un refus de tomber ou une soumission tapée trop tard. Ce dossier fait le tour des zones à risque, de ce qui les provoque et du moment où il faut voir un médecin. Il ne remplace évidemment pas un avis médical.
Pourquoi on se blesse au judo
Le judo consiste à faire tomber quelqu'un qui ne veut pas tomber. Cette résistance est au cœur du problème. Trois situations reviennent sans cesse dans les récits de blessures :
- le pratiquant qui refuse la chute et se tord pour atterrir sur le ventre ou sur la main ;
- celui qui bloque une attaque avec une jambe tendue, le pied planté dans le tapis ;
- celui qui attend la dernière seconde pour taper sur une clé de bras.
La fatigue aggrave les trois. Un judoka épuisé en fin de séance tombe moins bien et réagit plus tard. Les pépins arrivent plus souvent au cinquième randori qu'au premier.
Le genou, première victime
Le genou subit des torsions quand le pied reste bloqué au sol pendant que le corps tourne. C'est le cas de l'attaquant qui se fait contrer en pleine rotation, ou du défenseur qui plante la jambe pour résister à une projection. Les entorses vont de la simple élongation à la rupture du ligament croisé antérieur. Notre article sur l'entorse du genou au judo détaille les mécanismes et ce qui se passe ensuite.
La cheville souffre pour des raisons voisines, notamment sur les balayages mal timés et sur les bords de tapis mal jointés.
L'épaule et la clavicule
Tomber sur la pointe de l'épaule est la blessure classique du judoka qui refuse la chute. L'articulation entre la clavicule et l'omoplate encaisse le choc. Le réflexe de poser la main au sol pour se rattraper expose aussi le poignet, le coude et l'épaule. Tout est développé dans l'épaule au judo.
Les doigts, l'usure silencieuse
Les doigts ne font pas de bruit, mais presque tous les judokas adultes en ont un abîmé. Les saisies répétées, les ruptures de kumikata brutales et les doigts coincés dans une manche finissent par marquer les articulations. Le strapping aide, à condition de savoir pourquoi on le pose. Voyez les doigts au judo et le strapping.
Le coude
Les clés de bras comme juji-gatame visent l'articulation du coude. Bien appliquées et bien acceptées, elles ne blessent personne. Le problème vient de deux comportements : l'attaquant qui arrache la clé d'un coup sec, et le défenseur qui refuse de taper par fierté. Taper n'est pas une défaite morale. C'est le contrat qui permet de s'entraîner ensemble demain.
Le cou, la zone à ne jamais négliger
Les blessures du cou sont rares mais potentiellement graves. Elles viennent surtout des chutes sur la tête et des positions où l'on plonge tête en avant pour éviter de marquer sur le dos. Le règlement sanctionne d'ailleurs sévèrement ce comportement, comme le rappelle notre article sur les techniques interdites au judo.
Après un choc à la tête ou au cou, on arrête la séance. Des fourmillements dans les bras ou une perte de force imposent une consultation en urgence. Même chose pour une douleur cervicale vive ou des signes de commotion : maux de tête, confusion, nausées.
Les oreilles et la peau
Les frottements au sol provoquent parfois un othématome, qui devient une oreille en chou-fleur s'il n'est pas traité. La peau est aussi exposée aux infections transmises par contact sur le tapis. Un kimono propre à chaque séance et une douche après l'entraînement font partie de la prévention.
Prévenir : ce qui marche vraiment
Savoir tomber, et accepter de tomber
Les ukemi restent la meilleure protection du judoka. Un pratiquant qui chute bien encaisse des centaines de projections sans dommage. Celui qui refuse la chute finira par se blesser, même avec une excellente condition physique. En club, un ippon subi proprement vaut mieux qu'un waza-ari évité en atterrissant sur le coude.
S'échauffer pour de bon
Un échauffement adapté au judo prépare les articulations aux torsions et aux chutes. Les cinq minutes de course autour du tapis ne suffisent pas.
Renforcer le corps
Des muscles solides autour du genou et de l'épaule protègent les articulations. Le travail de préparation physique n'est pas réservé aux compétiteurs.
Choisir son intensité et ses partenaires
Un randori n'est pas une finale. Adaptez la vitesse à votre partenaire, surtout s'il est plus léger ou débutant. Et refusez poliment un randori avec quelqu'un qui ne contrôle pas ses projections.
Récupérer
La fatigue accumulée multiplie les erreurs. Dormir, espacer les séances intenses et écouter les petites douleurs, c'est l'objet de notre article sur la récupération au judo.
Quand consulter
Consultez un médecin sans attendre dans ces situations :
| Signe | Pourquoi c'est sérieux |
|---|---|
| Déformation visible d'une articulation ou d'un os | luxation ou fracture possible |
| Gonflement rapide du genou dans l'heure | atteinte ligamentaire ou saignement articulaire |
| Impossibilité de poser le pied ou de bouger le bras | lésion à évaluer |
| Choc à la tête, confusion, nausées | suspicion de commotion |
| Fourmillements ou perte de force après un choc au cou | atteinte possible des cervicales |
| Oreille gonflée et molle | othématome à prendre en charge vite |
Pour le reste, une douleur qui ne diminue pas au bout de quelques jours ou qui revient à chaque séance mérite aussi un avis. Le médecin du sport reste l'interlocuteur idéal, mais votre médecin traitant est un bon point de départ.
Reprendre après une blessure
La reprise se décide avec le médecin, parfois avec un kinésithérapeute. Revenez d'abord en uchi-komi, puis en randori technique, et seulement après en randori libre. Prévenez votre professeur et vos partenaires. Le retour trop rapide est la première cause de rechute observée en club.
Gardez une trace de vos blessures, de leur date et de leur contexte, dans votre carnet d'entraînement. Au bout de deux saisons, vous verrez souvent un schéma : toujours le même genou, toujours la même situation de randori. C'est cette situation-là qu'il faut corriger avec votre professeur.