Le strap des doigts au judo sert à soutenir des articulations malmenées par les saisies, à limiter les entorses et à protéger la peau. Presque tous les judokas adultes et pratiquants de JJB finissent par en utiliser. Bien posé, il permet de continuer à saisir sans aggraver une petite entorse. Mal posé, ou utilisé pour masquer une vraie blessure, il retarde un soin nécessaire. En cas de doigt déformé ou qui ne bouge plus normalement, on consulte un médecin avant de penser au strap.
Pourquoi les saisies abîment les doigts
Au judo, tout passe par les mains. Les doigts tiennent un revers, une manche, un col, souvent face à un adversaire qui cherche à arracher la saisie. Le kumikata est un combat de doigts autant que de bras.
Trois situations font l'essentiel des dégâts :
- la rupture de saisie brutale, quand l'adversaire arrache sa manche alors que vos doigts sont fermés dessus ;
- le doigt pris dans le tissu, coincé dans un revers ou une manche au moment d'une projection ;
- l'impact direct, doigt tendu qui heurte le partenaire ou le tapis.
À la longue, les articulations des doigts s'épaississent. Beaucoup de vieux judokas ont des doigts tordus et raides. Ce n'est pas une fatalité, mais c'est fréquent chez ceux qui n'ont jamais protégé leurs mains.
Et au JJB, c'est pire
Les pratiquants de jiu-jitsu brésilien en gi tiennent les manches et les bas de pantalon pendant de longues minutes en garde. Les saisies en poignée, doigts glissés à l'intérieur de la manche, mettent les articulations en danger quand l'adversaire tourne le bras. Le gi plus ajusté et les manches plus étroites du kimono de JJB n'arrangent rien. Le no-gi épargne les doigts mais déplace le problème ailleurs, comme le montre notre comparatif gi ou no-gi.
Poser un strapping de doigts simple
Ce qui suit décrit une pratique courante sur les tapis, pas un soin. Si votre doigt est douloureux au repos, gonflé ou déformé, voyez d'abord un médecin.
Le matériel
Une bande adhésive rigide non élastique, de largeur étroite. Les bandes larges se recoupent en deux ou trois dans le sens de la longueur. Des ciseaux pour les bords nets, une peau propre et sèche.
Le strap d'une articulation
- Pliez légèrement le doigt, dans la position où il travaille en saisie.
- Faites un anneau de bande autour de la phalange au-dessus de l'articulation, sans serrer.
- Faites un second anneau autour de la phalange en dessous.
- Laissez l'articulation elle-même libre ou à peine couverte, pour garder la flexion.
- Vérifiez la couleur du bout du doigt : il doit rester rose et chaud.
Un doigt qui blanchit, fourmille ou devient bleuté est trop serré. On défait et on recommence.
Le doigt attaché à son voisin
Pour soutenir une petite entorse latérale, beaucoup de pratiquants attachent le doigt douloureux à son voisin avec deux anneaux, en laissant les articulations libres. Glisser un petit morceau de compresse entre les deux doigts évite que la peau macère. Cette technique limite les écarts du doigt sans l'immobiliser.
Les erreurs fréquentes
- Serrer fort « pour que ça tienne » : on coupe la circulation, et le strap ne tient pas mieux.
- Couvrir toute l'articulation : le doigt ne plie plus et la saisie devient impossible.
- Garder le même strap toute la journée après l'entraînement : la peau en souffre.
- Strapper un doigt déformé pour pouvoir combattre : c'est le meilleur moyen d'aggraver une lésion qui demandait un soin.
Le strap en compétition
Le strap des doigts est courant en compétition de judo comme de JJB. Les conditions exactes relèvent du règlement de chaque compétition, et l'arbitre ou le médecin de la compétition peuvent vérifier les bandages. Ne vous présentez pas avec un strap douteux en espérant passer : renseignez-vous avant auprès de l'organisateur. En JJB, les points de règlement sur l'équipement sont détaillés dans notre article sur les règles IBJJF.
Avant votre premier combat, posez vos straps au calme et gardez un rouleau dans votre sac de compétition pour refaire un strap entre deux combats.
Protéger ses doigts sans strap
Le strap ne compense pas une saisie mal faite. Quelques habitudes valent davantage :
- Lâcher plutôt que résister : quand l'adversaire arrache sa manche, ouvrez la main. Une saisie perdue se reprend, un doigt cassé non.
- Saisir avec les derniers doigts, annulaire et auriculaire serrés, pouce et index plus détendus. C'est la base d'une saisie solide et ça répartit l'effort.
- Ne pas glisser les doigts à l'intérieur de la manche à l'entraînement, surtout en JJB, sauf si vous maîtrisez la situation.
- Renforcer la poigne et les avant-bras, comme le proposent nos exercices de musculation pour judokas.
Quand le doigt mérite un médecin
Certaines lésions des doigts se soignent bien si on les prend tôt et très mal si on attend. Un bout de doigt qui tombe et ne se tend plus, une articulation déformée, un doigt qui ne plie plus complètement ou un gonflement qui ne diminue pas après quelques jours : consultez. Le médecin pourra proposer une attelle ou un examen. Pour les autres blessures courantes, consultez notre dossier sur les blessures au judo.
Le conseil à retenir
Commencez à protéger vos doigts avant d'avoir mal, pas après. Un adulte qui fait trois séances par semaine peut strapper préventivement ses doigts les plus sollicités sur les randoris longs. Et apprenez à ouvrir la main au bon moment. Chez beaucoup d'anciens, les doigts tordus viennent de saisies qu'ils ont refusé de lâcher.