L'entorse du genou au judo survient le plus souvent quand le pied reste planté dans le tapis pendant que le corps tourne ou reçoit un choc latéral. Les deux ligaments les plus souvent touchés sont le ligament croisé antérieur (LCA), au centre du genou, et le ligament latéral interne (LLI), sur sa face intérieure. Un craquement, un gonflement rapide ou un genou qui se dérobe imposent d'arrêter la séance et de consulter. Le reste de cet article explique les mécanismes et la reprise, sans remplacer l'examen d'un médecin.
Deux ligaments, deux mécanismes
Le ligament croisé antérieur
Le LCA empêche le tibia de glisser vers l'avant sous le fémur et contrôle les rotations. Il se rompt typiquement lors d'une torsion, genou légèrement fléchi, pied bloqué au sol. Le genou part vers l'intérieur pendant que le haut du corps tourne dans l'autre sens.
Au judo, cette configuration apparaît dans plusieurs situations de tapis :
- l'attaquant en pleine rotation sur uchi-mata ou harai-goshi qui se fait contrer, la jambe d'appui encore chargée ;
- le défenseur qui refuse la projection en restant debout sur une jambe, pied vissé au tapis ;
- le judoka qui retombe sur ses pieds au lieu de chuter, genou en torsion.
Le point commun est le refus de lâcher. La jambe d'appui ne pivote plus, le reste du corps continue.
Le ligament latéral interne
Le LLI stabilise la face interne du genou. Il souffre quand une force pousse le genou vers l'intérieur. Un fauchage qui frappe la jambe d'appui au mauvais endroit, un adversaire qui tombe sur votre jambe tendue, un balayage mal placé : tout cela peut ouvrir le genou de ce côté.
Une jambe fauchée par o-soto-gari (grand fauchage extérieur) alors que tout le poids repose dessus et que le défenseur se raidit est un scénario classique. Les ménisques, ces petits amortisseurs entre fémur et tibia, peuvent être touchés en même temps lors des torsions.
Ce que le règlement fait déjà pour vos genoux
Certaines techniques ont été retirées du judo de compétition pour protéger les genoux. Le kani-basami, cette projection en ciseau qui tombe sur la jambe de l'adversaire, est interdit. Les clés sur les jambes le sont aussi en judo, alors qu'elles existent en jiu-jitsu brésilien selon les ceintures. Notre article sur les techniques interdites au judo fait le point.
Les signes qui doivent vous arrêter
Arrêtez la séance immédiatement si vous ressentez l'un de ces signes :
- un craquement entendu ou ressenti au moment du traumatisme ;
- un gonflement important dans les heures qui suivent ;
- une sensation que le genou « lâche » ou se dérobe ;
- une douleur vive sur la face interne ou à l'intérieur du genou ;
- une impossibilité de tendre ou de plier complètement la jambe.
Une rupture du LCA peut être peu douloureuse après quelques jours. C'est trompeur. Beaucoup de pratiquants reprennent le randori, sentent le genou se dérober une deuxième fois et aggravent les lésions, ménisques compris. Même si la douleur s'est calmée, faites examiner votre genou.
L'avis médical : la seule étape non négociable
Consultez un médecin, idéalement un médecin du sport. Il examinera la stabilité du genou et prescrira si besoin une imagerie. Le traitement dépend de la lésion et de vos objectifs sportifs : rééducation seule, attelle, ou chirurgie dans certains cas de rupture du LCA. Ces décisions se prennent avec lui, pas sur un forum ni dans le vestiaire du club.
Ne laissez pas un calendrier de compétition dicter le traitement. Aucune médaille départementale ne vaut un genou instable à trente ans.
La reprise progressive
La reprise suit les étapes fixées par le médecin et le kinésithérapeute. Côté tapis, le professeur peut proposer une progression qui va du moins risqué au plus risqué :
| Étape | Contenu au judo | Ce qu'on évite encore |
|---|---|---|
| 1 | Travail au sol en position stable, sans pivots | Positions à genoux en torsion |
| 2 | Uchi-komi lents, partenaire coopératif | Rotation rapide sur la jambe blessée |
| 3 | Nage-komi avec chutes contrôlées | Randori libre |
| 4 | Randori technique, partenaire choisi | Randori de compétition |
| 5 | Randori libre puis compétition | Rien, si le feu vert est donné |
Chaque passage d'étape se valide avec le soignant, en fonction des tests qu'il juge utiles. Les uchi-komi sont précieux à ce stade : ils permettent de retrouver la rotation et la confiance sans la brutalité du combat.
Une remarque personnelle : la peur de la rechute est souvent plus longue à guérir que le ligament. Beaucoup de judokas reviennent avec une technique amputée de leur côté fort. Parlez-en à votre professeur, et acceptez de reconstruire un spécial plutôt que de tourner autour.
Prévenir l'entorse du genou
Le renforcement
Des cuisses solides, des ischio-jambiers costauds et un bon contrôle de la hanche protègent le genou dans les torsions. Le travail d'équilibre sur une jambe aide aussi. Les programmes de musculation pour judokas et de préparation physique intègrent ce type d'exercices. Un kinésithérapeute peut vous proposer des exercices adaptés si vous avez déjà eu une entorse.
La chute plutôt que la torsion
C'est le point principal. Le judoka qui accepte de tomber garde ses genoux. Celui qui se bat jusqu'au bout sur une jambe les met en danger. Revoir régulièrement ses ukemi, même ceinture noire, n'est pas une perte de temps.
L'attaque engagée
Une attaque à moitié engagée laisse la jambe d'appui chargée et vulnérable au contre. Une attaque franche, bien préparée par le déséquilibre, expose beaucoup moins. Une raison de plus de travailler le kuzushi avant de forcer une rotation.
Pour une vue d'ensemble des autres zones fragiles, voyez notre dossier sur les blessures au judo.
Le conseil aux judokas qui reviennent
Choisissez vos partenaires de reprise vous-même pendant les premières semaines, et dites-leur ce que vous avez eu. Un partenaire informé contrôle sa chute sur vous et ne vous laisse pas tomber sur la jambe. Et le jour où vous hésitez à faire un randori, ne le faites pas : il y en aura d'autres.