Le kimura en JJB est une clé d'épaule : vous saisissez le poignet de l'adversaire, vous passez votre autre bras derrière son coude pour attraper votre propre poignet (la double prise en figure-4), puis vous faites tourner son bras dans son dos. Il se place depuis la garde, le contrôle latéral et la demi-garde. Il sert aussi, beaucoup, à contrôler l'adversaire sans chercher à finir.
En judo, la même technique s'appelle ude-garami (enroulement du bras). Le nom brésilien rend hommage à Masahiko Kimura, judoka japonais qui l'a utilisée en 1951 au Maracanã pour vaincre Hélio Gracie. Hélio n'a pas abandonné. Son bras a cédé, et son coin a jeté l'éponge. Les Gracie ont gardé le nom par respect, un geste plutôt élégant. Pour le reste de cette histoire, voyez notre article sur l'histoire du JJB et la famille Gracie.
La prise en figure-4
Tout le kimura repose sur une saisie :
- Votre main du côté attaqué prend son poignet, pouce du même côté que vos doigts (prise de singe), sans enrouler le pouce.
- Votre autre bras passe par-dessus son épaule, derrière son triceps, et la main vient attraper votre propre poignet.
- Son coude est plié à 90 degrés. S'il est tendu, vous n'êtes pas dans un kimura mais dans une clé en extension mal placée.
La force ne vient pas des bras. Elle vient de la rotation de votre buste qui entraîne son poignet vers sa tête, en arc de cercle, pendant que son coude reste collé à votre corps.
Depuis la garde fermée
C'est l'entrée la plus connue et celle qui surprend le plus les débutants.
- Il pose une main au sol pour se stabiliser, ou il recule pour se redresser.
- Prenez son poignet du côté opposé, ouvrez la garde et asseyez-vous sur le côté en passant votre bras par-dessus son épaule.
- Fermez la figure-4.
- Rallongez-vous sur le dos en refermant la garde ou en passant la jambe par-dessus son dos pour l'empêcher de rouler.
- Tournez le poignet vers sa tête.
Le point technique : bloquer son dos avec la jambe. Sans ça, il fait une roulade avant et la clé s'évapore. En cas d'échec, il vous reste une très bonne position pour balayer (le balayage en hanche), et vous lui aurez fait poser son poids exactement où vous le vouliez. Le kimura et ce balayage depuis la garde fermée se combinent naturellement.
Depuis le contrôle latéral
Au-dessus, en contrôle latéral, c'est la variante la plus sûre. Le bras du défenseur le plus éloigné pousse votre hanche ou votre tête. Prenez son poignet, plaquez-le au sol, passez votre bras sous son bras, attrapez votre poignet. Vous êtes déjà en ude-garami de judo, exactement comme il est enseigné depuis une immobilisation de type yoko-shiho-gatame.
Variante courante : faire le tour vers le nord-sud en gardant la prise. Son épaule ne peut plus rouler et la clé devient très serrée.
Le kimura comme contrôle
C'est la partie la plus intéressante à travailler, parce qu'elle change la manière de voir la technique. Une fois la figure-4 en place, vous tenez son bras et donc son épaule. Il ne peut plus rouler vers ce côté. Vous pouvez :
- passer la garde en gardant le bras (le « kimura trap ») ;
- monter au dos s'il tourne pour soulager la pression ;
- changer de clé de bras quand il tend le bras pour échapper à la rotation, et basculer vers l'armbar.
En no-gi, le kimura trap est devenu un système entier. En gi, on l'utilise moins comme système mais il garde la même valeur de contrôle.
Depuis la demi-garde
De dessous, en demi-garde, si le passeur pose une main au sol pour se stabiliser à côté de votre tête, c'est une ouverture. Prenez le poignet, passez le bras, tournez sur le côté. Même sans finir, vous l'empêchez d'aller chercher le crossface.
Défendre le kimura
Le défenseur a deux priorités : garder son coude collé à son corps et attraper sa propre ceinture ou son pantalon pour bloquer la rotation. Une fois la prise en place, la seule bonne réponse consiste à suivre le mouvement en roulant dans le sens de la rotation, ou à taper. Résister bras raide est la meilleure façon de se blesser.
Côté attaquant, l'erreur la plus fréquente : tirer le poignet vers le haut, loin de son dos, au lieu de le faire tourner vers sa tête. Le bras s'ouvre, le coude se décolle de votre poitrine et il récupère son bras. Gardez son coude collé à vous et pensez « rotation », jamais « traction ».
Le conseil à retenir
On apprend le kimura comme une soumission et on le pratique comme une position. Faites des roulages où vous n'avez le droit de finir que par kimura : vous découvrirez que la figure-4 vous ouvre la prise de dos et les passages bien plus souvent qu'elle ne fait taper. Et quand elle fait taper, relâchez dès le signal. L'épaule pardonne mal. Pour les autres soumissions de base, le panorama jiu-jitsu brésilien est le bon point de départ.