L'origine du judo remonte à 1882, quand Jigoro Kano ouvre le Kodokan à Tokyo. Il part du jujutsu, l'art de combat à mains nues des samouraïs, garde ce qui peut se pratiquer sans danger à pleine vitesse et en fait une méthode éducative. L'histoire du judo va ensuite de ce petit dojo de douze tatamis jusqu'aux Jeux olympiques de 1964.
Avant le judo : des centaines d'écoles de jujutsu
Pendant l'époque d'Edo, le Japon compte un très grand nombre de ryū (écoles) de combat. Celles qu'on regroupe sous le nom de jujutsu enseignent à neutraliser un adversaire sans arme, ou avec une arme courte : projections, frappes, clés, étranglements. Chaque école a ses secrets et ses kata, transmis de maître à élève.
L'ère Meiji, à partir de 1868, bouleverse tout. Les samouraïs disparaissent en tant que classe, le pays s'occidentalise et le jujutsu passe pour une survivance d'un autre âge. Les dojos ferment. Certains maîtres finissent par donner des démonstrations payantes pour vivre.
C'est dans ce contexte qu'un étudiant de l'université de Tokyo cherche quelqu'un pour lui apprendre à se défendre.
Kano et la fusion de deux écoles
Jigoro Kano étudie d'abord le Tenjin Shin'yō-ryū, une école riche en clés et en atemi. Il rejoint ensuite le Kitō-ryū, plus axé sur les projections et le travail en armure ancienne. Du premier il retient des techniques de contrôle au sol et de saisie. Du second il garde le goût des projections et le kata.
Son apport décisif est une méthode. Kano comprend que toute projection suit trois temps : casser l'équilibre, se placer, exécuter. On enseigne encore ce principe sous le nom de kuzushi, tsukuri, kake. Il comprend aussi qu'un art qu'on ne peut pas pratiquer en opposition réelle finit par se vider. D'où le tri : les gestes les plus dangereux sortent du randori.
Histoire du judo : la chronologie de 1882 à nos jours
| Année | Événement |
|---|---|
| 1882 | Kano fonde le Kodokan dans un temple de Tokyo, l'Eishō-ji |
| 1895 | Première version du gokyo, classement des projections |
| 1909 | Kano devient le premier membre asiatique du CIO |
| 1920 | Révision du gokyo en 40 techniques |
| 1938 | Mort de Kano en mer, à bord du Hikawa Maru |
| 1946 | Création de la fédération française de judo et jiu-jitsu |
| 1951 | Fondation de la Fédération internationale de judo |
| 1956 | Premiers championnats du monde, à Tokyo, sans catégories de poids |
| 1964 | Le judo masculin entre aux Jeux olympiques de Tokyo |
| 1980 | Premiers championnats du monde féminins, à New York |
| 1992 | Le judo féminin devient olympique à Barcelone |
Le gokyo mérite une remarque. On le présente parfois comme figé depuis toujours. Il a été remanié en 1920 et le Kodokan a ajouté depuis des techniques hors gokyo. Le judo est un système vivant, et c'est l'une des raisons de sa survie.
Comment le judo a conquis le monde
Les premiers élèves de Kano partent enseigner à l'étranger dès le début du XXe siècle. Certains vont aux États-Unis, d'autres en Europe. Kano lui-même voyage beaucoup, souvent dans le cadre de ses fonctions au CIO.
En Europe, la Grande-Bretagne et la France jouent un rôle moteur. Le Budokwai de Londres ouvre en 1918. À Paris, maître Kawaishi arrive au milieu des années 1930 et installe une méthode qui va structurer le judo français pendant des décennies. Nous racontons cette histoire dans l'article sur le judo en France.
Après la Seconde Guerre mondiale, la pratique est un temps interdite au Japon par les autorités d'occupation, avant d'être autorisée de nouveau. La Fédération internationale naît en 1951. Les premiers championnats du monde se disputent en 1956 à Tokyo, toutes catégories confondues : à l'époque, l'idée qu'un petit puisse battre un grand fait encore partie de l'identité du judo.
1964 : le tournant olympique
L'entrée aux Jeux de Tokyo en 1964 change la nature du judo. Il faut des catégories de poids, des règles d'arbitrage précises et un système de points. Ce qui était une méthode d'éducation devient aussi un sport de haut niveau mesurable.
Le judo n'est pas retenu à Mexico en 1968, revient à Munich en 1972 et reste au programme depuis. Les femmes suivent : démonstration à Séoul en 1988, épreuves officielles à Barcelone en 1992. Le détail de ces étapes est dans notre page sur le judo aux Jeux olympiques, et l'évolution des scores dans celle sur yuko, koka et les anciens scores.
Ce que cette histoire change pour un pratiquant
Connaître l'origine du judo n'est pas qu'une affaire de culture générale. Elle explique pourquoi certains gestes sont interdits, pourquoi on apprend à chuter avant de projeter et pourquoi le kata existe encore. Les kata du Kodokan gardent la mémoire des techniques retirées du randori, comme les frappes ou les défenses contre une arme.
Notre conseil aux ceintures marron qui préparent leur noire : prenez une projection du gokyo et demandez-vous ce qu'elle doit au jujutsu. Ko-uchi-gari, o-soto-gari ou seoi-nage existaient sous une forme ou une autre avant Kano. Ce qu'il a ajouté, c'est la manière de les apprendre en toute sécurité. Et c'est cette manière que vous transmettrez un jour, si vous enseignez.