Un kata de judo est une forme codifiée : une suite de techniques imposées, exécutée par un tori et un uke dans un ordre et avec des déplacements fixés. Le Kodokan reconnaît sept kata principaux, du nage-no-kata pour les projections au koshiki-no-kata hérité du jujutsu. Ils servent à transmettre les principes, à conserver des techniques dangereuses et à évaluer les judokas aux passages de dan.
Pourquoi le judo a besoin de kata
Le judo s'apprend surtout par le randori, l'exercice libre. Mais le randori a deux limites. Il ne montre que les techniques autorisées, et il les montre déformées par la fatigue, la résistance et la peur de chuter. Le kata répond à ces deux limites.
D'abord, il conserve. Quand Jigoro Kano a retiré du randori les frappes, les clés sur les jambes et les défenses contre armes, il ne les a pas jetées. Il les a placées dans des kata. C'est pour cela que l'on trouve des atemi dans le kime-no-kata ou un ashi-garami dans le katame-no-kata.
Ensuite, il montre le principe pur. Un uki-otoshi en randori réussit rarement tel quel. En kata, il illustre parfaitement comment projeter par le seul déséquilibre. Le kata est un laboratoire où l'on isole la variable qui compte. Notre article sur l'origine du judo explique comment ce partage entre randori et kata s'est construit dès les débuts du Kodokan.
Les deux kata du randori
Kano regroupait deux kata sous le nom de randori-no-kata, parce qu'ils expliquent le combat libre.
Nage-no-kata, la forme des projections
Quinze projections en cinq séries de trois. On y passe des bras à la hanche puis à la jambe, avant deux séries de sacrifices, dans l'axe et sur le côté. C'est le kata le plus pratiqué au monde et celui qu'on découvre en premier. En France, ses trois premières séries font partie de l'examen du 1er dan. Tout le détail est dans notre fiche nage-no-kata.
Katame-no-kata, la forme des contrôles
Quinze techniques au sol en trois séries de cinq : immobilisations, étranglements, clés. Il se pratique en grande partie à genoux et demande une précision de déplacement que le randori au sol n'apprend jamais. Les séries et les pièges d'examen sont détaillés dans notre article sur le katame-no-kata.
Les kata de self-défense
Kime-no-kata, la forme de la décision
Vingt techniques de défense, dont huit en position à genoux (idori) et douze debout (tachiai). Uke attaque à mains nues ou avec un couteau et un sabre. Tori répond par des atemi, des clés et des projections. C'est un kata ancien, rapide et engagé, qui demande un uke très sûr de lui.
Kodokan-goshin-jutsu, la self-défense moderne
Créé en 1956, c'est le kata de défense adapté à l'époque contemporaine. Il compte vingt et une techniques : douze contre des attaques à mains nues et neuf contre des armes (couteau, bâton, pistolet). Les saisies et les attaques y sont celles qu'on pourrait rencontrer dans la rue. En France, il peut être présenté à la place du nage-no-kata dans certaines voies du passage de grade, selon l'âge et la filière choisie.
Si vous vous intéressez à cet aspect du judo, lisez aussi notre article sur le judo en self-défense.
Les kata d'expression et de principe
Ju-no-kata, la forme de la souplesse
Quinze mouvements en trois séries de cinq, exécutés lentement, sans chute. Le ju-no-kata montre le principe de souplesse : céder à la force pour la retourner. Il se pratique en tenue de judo ou même en tenue de ville, et convient aux pratiquants âgés ou blessés. C'est un kata idéal pour expliquer à un adulte débutant ce que « judo » veut dire.
Itsutsu-no-kata, la forme des cinq
Cinq mouvements qui expriment les forces de la nature : la poussée, le tourbillon, l'onde. C'est le kata le plus abstrait du judo. Peu de pratiquants l'apprennent, et il est surtout travaillé par les hauts gradés.
Koshiki-no-kata, la forme ancienne
Vingt et une techniques héritées du Kitō-ryū, l'une des deux écoles de jujutsu étudiées par Kano : quatorze dans la partie omote et sept dans la partie ura. Elles supposent des combattants en armure, ce qui explique leurs déplacements lourds et leurs chutes particulières. Kano l'a conservé par respect pour son maître et pour garder la trace des racines du judo.
Les kata de judo en un tableau
| Kata | Contenu | Pour qui |
|---|---|---|
| Nage-no-kata | 15 projections, 5 séries | Dès la ceinture marron |
| Katame-no-kata | 15 techniques au sol, 3 séries | Dan supérieurs |
| Kime-no-kata | 20 défenses (8 à genoux, 12 debout) | Dan supérieurs |
| Ju-no-kata | 15 mouvements lents, 3 séries | Tous âges, hauts gradés |
| Kodokan-goshin-jutsu | 21 défenses (12 à mains nues, 9 contre armes) | Dan supérieurs, voie technique |
| Itsutsu-no-kata | 5 mouvements | Hauts gradés |
| Koshiki-no-kata | 21 techniques (14 omote, 7 ura) | Hauts gradés |
La colonne « pour qui » donne un ordre d'apprentissage habituel en France. Les kata exigés à chaque dan sont fixés par le référentiel fédéral, qui évolue : vérifiez toujours la version en cours auprès de votre ligue avant de préparer un examen.
Le kata et le compétiteur
Beaucoup de compétiteurs voient le kata comme une corvée imposée pour la ceinture noire. La réaction se comprend, mais elle passe à côté de l'essentiel. Le nage-no-kata corrige des défauts que le randori fixe au contraire : le hikite trop faible, le placement approximatif, la posture penchée. Le katame-no-kata apprend la gestion du poids au sol mieux que vingt randori.
Il existe aussi des championnats de kata, au niveau national et international. Des couples s'y affrontent sur la qualité de leur démonstration, notée par un jury. C'est une autre façon de vivre le judo, souvent pratiquée par d'anciens compétiteurs.
Quel kata choisir pour commencer
Si vous êtes ceinture marron, commencez par le nage-no-kata, trois séries, avec un partenaire fixe. Travaillez une série par mois, en fin de cours, dix minutes suffisent. Si vous êtes déjà ceinture noire et que vous cherchez un nouveau défi, essayez le ju-no-kata : il ne fait pas mal aux genoux, il se pratique sans chute et il change la façon dont vous sentez la force de votre partenaire en randori. C'est aussi un bon kata pour les judokas qui reviennent après une blessure, une fois que le médecin a donné son accord.