Le yuko au judo est un score intermédiaire placé sous le waza-ari. Il a connu une drôle de trajectoire : supprimé par l'IJF en 2017, il a été réintroduit en 2025 avec une définition qui ne recoupe pas tout à fait l'ancienne. Son petit frère le koka a disparu bien avant, fin 2008. Lui n'est jamais revenu.
Pour comprendre ces allers-retours, il faut regarder ce que l'IJF cherche à chaque cycle : des combats plus lisibles pour le public, et des judokas qui cherchent la grande projection.
De quatre scores à trois, puis deux, puis trois
Pendant longtemps, le tableau a compté quatre niveaux. Voici leur évolution en résumé.
| Période | Scores en vigueur |
|---|---|
| Jusqu'à fin 2008 | Ippon, waza-ari, yuko, koka |
| 2009 à 2016 | Ippon, waza-ari, yuko |
| 2017 à 2024 | Ippon, waza-ari |
| Depuis 2025 | Ippon, waza-ari, yuko |
Les durées d'immobilisation ont suivi le mouvement. Avec le koka, il fallait 25 secondes pour l'ippon au sol. Elles ont été raccourcies par étapes jusqu'aux 20 secondes actuelles pour l'ippon et 10 pour le waza-ari. Le nouveau yuko s'obtient entre 5 et 9 secondes.
Le koka, un score de trop
Le koka récompensait une chute sur les fesses ou sur la cuisse, ou une immobilisation courte. Le problème était double. D'abord, le public ne comprenait pas. Un judoka pouvait mener avec trois koka contre un yuko et perdre, puisqu'on comparait les scores du haut vers le bas. Ensuite, le koka encourageait un judo de petites actions : on cherchait à faire tomber l'adversaire sur les fesses pour prendre de l'avance, puis on gérait.
L'IJF l'a retiré de ses compétitions à la fin de 2008. Peu de gens l'ont regretté. Pour les arbitres, c'était une décision de moins à prendre dans des situations souvent confuses.
Le yuko supprimé en 2017
Même logique huit ans plus tard. L'IJF a voulu simplifier en ne gardant que deux scores. La valeur du yuko a été absorbée par le waza-ari, ce qui a mécaniquement élargi le waza-ari vers le bas : une chute franche sur le côté suffisait.
Cette même année, les waza-ari ont cessé de se cumuler, une expérience abandonnée dès 2018. L'histoire du cumul est retracée dans notre page sur le waza-ari.
Les effets ont été visibles. Plus de waza-ari, un judo de chute sur le côté, et des combats souvent décidés par un score que les puristes jugeaient trop généreux.
Le retour en 2025 : pourquoi ?
L'IJF a réintroduit le yuko à partir du Grand Chelem de Paris 2025, avec une période d'observation jusqu'aux Mondiaux de la même année, puis un ajustement en janvier 2026. La logique se lit dans les nouvelles définitions : redonner sa valeur au waza-ari, qui ne récompense plus une simple chute sur le côté, et créer une marche intermédiaire pour les actions incomplètes.
Le nouveau yuko récompense :
- une chute sur le côté ou presque, épaules à peu près perpendiculaires au tapis ;
- une chute sur le haut du dos ou sur la nuque ;
- une chute sur au moins une fesse, mains ou coudes au sol ou non ;
- une immobilisation de 5 à 9 secondes.
Il n'est pas accordé si uke touche d'abord le tapis avec le ventre ou les deux genoux, ni s'il tombe assis le buste nettement plié vers les genoux.
Différence majeure avec l'ancien yuko : la chute sur une fesse, qui relevait autrefois du koka, donne aujourd'hui yuko. On peut dire que le nouveau yuko a hérité d'une partie de l'ancien koka.
Comment l'arbitre tranche entre yuko et waza-ari
Le critère principal est l'angle des épaules au moment de l'impact. Épaules à peu près perpendiculaires au tapis : yuko. Épaules nettement basculées vers le dos, au-delà de cet angle : waza-ari. Pour une chute assise, l'arbitre vérifie que le buste n'est pas plié vers les genoux, auquel cas il ne donne rien.
Dans les faits, ces décisions se prennent en une seconde. Les juges à la vidéo corrigent assez souvent, surtout sur les chutes roulées. Le détail des critères du score supérieur est dans notre page sur l'ippon.
Ce que ça change sur le tapis
Le retour du yuko a raccourci beaucoup de combats. Un petit ko-soto-gari qui assoit l'adversaire suffit maintenant à mener, et à gagner si rien d'autre ne se passe. Les techniques de pieds comme de-ashi-barai retrouvent un intérêt tactique qu'elles avaient perdu.
Revers de la médaille : on revoit des judokas qui marquent un yuko puis cherchent à tenir. L'arbitre a de quoi les sanctionner par shido pour passivité, mais la tentation existe. Pour la façon dont le yuko s'insère parmi les autres scores, voyez notre guide des règles du judo, et pour la tactique en fin de combat, la page sur le golden score.
Notre avis
Le nouveau yuko nous semble plutôt réussi. Il remet de la hiérarchie entre une vraie projection et une chute sur le côté, ce que le judo de 2017 avait effacé. Notre conseil aux compétiteurs qui ont grandi sans yuko : retravaillez vos chutes. Tomber assis ou sur le flanc ne coûte plus rien en apparence, mais ça coûte un score. Un ukemi propre vers l'avant ou sur le ventre, qui ne donne rien à l'adversaire, est redevenu une compétence de compétition. Les bases sont rappelées dans notre page sur l'ukemi.