Le judo au Japon est un sport scolaire, une discipline universitaire de haut niveau et un entraînement professionnel pour la police. Depuis 2012, un budo est obligatoire au collège, et le judo est le choix le plus fréquent. Le style japonais se reconnaît à sa posture droite, à son kumikata à deux mains et à sa recherche de l'ippon.
Le judo à l'école : du collège au lycée
Au Japon, beaucoup d'enfants découvrent le judo dans un cadre scolaire plutôt qu'en club. Une réforme des programmes a rendu les arts martiaux obligatoires en éducation physique pour les collégiens de première et deuxième année. La mesure s'applique depuis 2012, pour les filles comme pour les garçons. Chaque établissement choisit la discipline : judo, kendo ou sumo le plus souvent. Le judo l'emporte largement.
Cette réforme a eu un revers. Le judo scolaire japonais a connu des accidents graves, parfois mortels, avant et après 2012, ce qui a déclenché un vrai débat national sur la formation des enseignants et l'apprentissage des chutes. Les consignes de sécurité ont été renforcées. C'est un rappel utile pour tous les clubs du monde : l'ukemi se travaille avant les projections, et ce n'est jamais une perte de temps.
Au-delà du cours obligatoire, il y a les clubs scolaires, les bukatsu. Les élèves qui y entrent s'entraînent presque tous les jours, souvent avant et après les cours. Les championnats inter-lycées attirent l'attention de tout le judo japonais.
Les universités, cœur du haut niveau
Le vrai centre de gravité du judo japonais, ce sont les universités. Plusieurs d'entre elles sont célèbres pour leurs sections de judo, comme Tokai, Tenri, Kokushikan ou Nippon Sport Science. L'université de Tsukuba, héritière de l'école normale supérieure que dirigeait Jigoro Kano, entretient aussi une forte tradition.
L'entraînement universitaire est réputé pour son volume. Des séries de randori longues, des uchi-komi par centaines, une hiérarchie stricte entre senpai et kohai. Un étudiant de première année porte souvent les tâches les plus ingrates. Ceux qui ont fait un séjour là-bas décrivent un rythme qui n'a pas d'équivalent dans un club européen.
La police et les entreprises
La police japonaise est l'un des piliers historiques du judo. Les policiers pratiquent le judo ou le kendo dans le cadre de leur formation, et certaines unités entretiennent des groupes d'entraînement spécialisés où l'on trouve d'anciens champions. Les séances du matin dans les dojos de police ont la réputation d'être parmi les plus dures du pays.
Des entreprises entretiennent aussi des équipes de judo, où des athlètes de haut niveau sont salariés tout en poursuivant leur carrière sportive. Ce modèle n'existe presque pas en France, où le haut niveau passe par les pôles et les clubs.
Une compétition à part : les championnats du Japon toutes catégories
Les championnats du Japon se disputent traditionnellement sans catégories de poids, au Nippon Budokan. Un poids moyen peut y affronter un lourd. Ce format garde vivante l'idée fondatrice de Kano : la technique doit permettre au plus léger de battre le plus lourd. Pour un judoka européen habitué aux catégories de poids, c'est un spectacle à voir au moins une fois.
Ce qui différencie le style japonais
Ce sont des généralités, évidemment : chaque judoka japonais a son style. Mais on observe des tendances nettes quand on compare avec le judo français.
| Aspect | Tendance au Japon | Tendance en France |
|---|---|---|
| Posture | Droite, buste haut | Plus variée, souvent plus basse |
| Kumikata | Saisie classique manche-revers, recherchée à deux mains | Lutte de garde plus longue |
| Techniques de prédilection | Uchi-mata, seoi-nage, o-soto-gari | Plus de contre-attaques et de sutemi |
| Travail au sol | Solide, souvent en transition | Très développé chez les meilleurs |
Le kumikata japonais frappe souvent les visiteurs. On cherche d'abord à saisir proprement, puis à attaquer. En Europe, on se bat souvent plus longtemps pour empêcher l'autre de saisir. Les Japonais pratiquent aussi beaucoup le seoi-nage et l'uchi-mata, avec une qualité d'entrée qui vient de milliers de répétitions dès l'adolescence.
Faire du judo au Japon : conseils pratiques
Beaucoup de judokas rêvent d'un séjour au Japon. Voici quelques conseils pour ceux qui partent.
Commencez par le Kodokan. C'est la porte d'entrée la plus simple pour un étranger. Les séances accueillent des visiteurs, avec une procédure d'inscription. Notre article sur le Kodokan donne les repères pour s'y préparer.
Pour une université ou un dojo de police, faites-vous recommander. Ces lieux ne sont pas des salles ouvertes au public. Un courrier de votre professeur, de votre ligue ou de votre fédération ouvre plus de portes qu'un message envoyé sans contexte. Certains clubs français ont des liens avec des dojos japonais : demandez autour de vous.
Préparez votre corps. Les randori s'enchaînent sans pause. Arrivez en forme, avec des chutes solides, et prévoyez des jours de récupération. En cas de blessure, consultez un médecin sur place plutôt que de forcer.
Apprenez quelques mots. Le vocabulaire du judo vous suffira sur le tatami, mais les formules de politesse en dehors (merci, excusez-moi, bonjour) changent l'accueil qu'on vous réserve.
Restez humble. Votre grade français compte peu là-bas. On vous jugera à votre façon de saluer, de chuter et d'accepter les randori avec les plus jeunes.
Dernier conseil, sans doute le plus utile : tenez un journal pendant le séjour. Notez chaque soir une seule chose apprise, une saisie, un placement, une manière de chuter. De retour en France, c'est ce journal qui vous fera progresser, pas les photos.