La ceinture bleue JJB est la première promotion d'un adulte en jiu-jitsu brésilien et, pour beaucoup, la plus marquante. L'IBJJF la réserve aux plus de 16 ans, sans durée minimum en blanche, et la plupart des pratiquants l'obtiennent après un an et demi à trois ans. C'est aussi la ceinture où l'on perd le plus d'élèves, et ce n'est pas un hasard.
Le niveau attendu d'une ceinture bleue
Les profs ne cherchent pas un attaquant. Ils cherchent quelqu'un qui ne se fait plus dominer par le premier venu. Dans la plupart des clubs, une bleue crédible sait faire quatre choses.
- Survivre. Tenir sous la montada ou le contrôle latéral sans paniquer, protéger son cou et ses bras, et sortir par une technique plutôt qu'en poussant.
- Garder. Avoir une garde qui ne s'effondre pas, en général la garde fermée plus une variante ouverte ou la demi-garde.
- Passer. Connaître une ou deux façons de passer la garde et garder la pression une fois passé.
- Finir. Disposer d'au moins une soumission fiable depuis la garde et une depuis le dessus.
Rien de spectaculaire. Une bleue solide ressemble à une blanche qui ne fait plus d'erreurs grossières.
Ce que les profs regardent sans le dire
Le comportement en combat pèse lourd. Un élève qui gagne en force pure contre des débutants plus légers n'aura pas sa bleue plus vite. Celui qui roule en contrôle et cherche des techniques propres, si.
L'assiduité compte aussi. Un prof voit plus clair dans un élève présent trois fois par semaine que dans un élève brillant venu une fois par mois. Pour l'aspect intermédiaire, voyez le fonctionnement des barrettes.
Pourquoi tant de ceintures bleues arrêtent
Le phénomène a un nom en anglais : le « blue belt blues ». Il touche beaucoup de pratiquants. Les causes se recoupent souvent.
L'objectif atteint
Pendant deux ans, la bleue était le but. Une fois nouée, rien ne la remplace. La violette semble à des années, et elle l'est.
La cible sur le dos
Les blanches veulent battre la bleue, les bleues plus anciennes veulent remettre le nouveau à sa place. On perd soudain plus qu'en fin de blanche. C'est normal, mais c'est rude.
Le corps
Deux ou trois ans de pratique, c'est souvent la première blessure sérieuse : genou, épaule, doigts. Une pause forcée de deux mois suffit à casser une habitude.
La vie
La bleue arrive souvent au moment où le travail ou la famille demandent plus. Le JJB passe alors en dernier.
Comment passer le cap sans décrocher
Fixez-vous un objectif qui n'est pas une ceinture. Une première compétition de JJB, une technique à rendre fiable, une garde à construire sur six mois. Le cerveau a besoin d'une cible.
Acceptez de perdre davantage. Vous roulez désormais contre des gens qui vous prennent au sérieux. Si vous gagniez tout en fin de blanche, vous choisissiez sans le savoir des partenaires faciles.
Réduisez plutôt que d'arrêter. Une séance par semaine pendant une période chargée vaut mieux que six mois d'absence. Le retour après une longue coupure est la vraie raison de l'abandon : on revient, on se fait dominer par d'anciens débutants, on ne revient plus.
Le premier combat en tant que bleue
Un détail que les profs racontent peu : la première semaine en bleue est souvent la pire. On noue la nouvelle ceinture, et on se fait soumettre par une blanche quatre barrettes qu'on battait le mois précédent. Ce n'est pas un hasard. On roule crispé, on veut prouver qu'on mérite le grade, et on prend des risques qu'on ne prenait pas.
La parade est simple : pendant quinze jours, roulez comme en blanche. Même rythme, même prudence, mêmes positions. La ceinture n'a rien changé à votre niveau, elle a seulement constaté qu'il avait changé.
Ce que la bleue doit commencer à travailler
Une fois la ceinture obtenue, le programme change de nature. On ne cherche plus seulement à survivre. Trois chantiers nous semblent prioritaires :
- relier les techniques entre elles, par exemple passer de l'armbar au triangle quand le bras se retire ;
- apprendre à tenir le dessus après un passage, sans se faire remettre en garde à la première poussée ;
- construire une prise de dos fiable, parce que c'est la position qui finit le plus de combats.
La bleue et le judoka
Un judoka gradé qui arrive en JJB obtient souvent la bleue plus vite. Il chute, il saisit, il sait porter une pression au sol. Ses lacunes sont ailleurs : il tourne le dos pour éviter l'immobilisation, réflexe de judo qui offre le mata-leão en JJB. Nous en parlons dans JJB vs judo. Pour un judoka, la bleue de JJB n'a rien à voir avec la ceinture bleue de judo, qui arrive bien plus tôt dans le parcours.
Après la bleue
L'étape suivante est la ceinture violette, au minimum deux ans plus tard selon l'IBJJF. Le panorama complet des grades est dans les ceintures de JJB, et la discipline dans son ensemble sur notre page jiu-jitsu brésilien.
Le conseil à retenir : la bleue est la meilleure ceinture pour construire son jeu. Personne n'attend encore de vous un style abouti. Profitez-en pour tester des gardes et des passages qui ne marcheront pas, puis gardez les deux ou trois qui tiennent. Les violettes qui ont le moins de trous sont presque toujours celles qui ont beaucoup perdu en bleue en essayant des choses.